Hector, Georges, Beaufils Espaullard est né à Noisy-le-Sec le 19 août 1874, 26 rue de Brément (immeuble disparu). Il est baptisé à l’église Saint-Etienne.

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Hector Espaullard est issu d’une très ancienne famille implantée à Noisy-le-Sec et dans les communes voisines depuis des siècles. Il n’est pas inutile de rappeler ici cette longue lignée car elle explique en grande partie sa vie et ses œuvres qui sont le reflet de son attachement à « ce petit coin de la terre ».

Sa généalogie en ligne directe ou généalogie patronymique remonte jusqu’en 1595.

Il est le fils de Pierre Beaufils Auguste Espaullard (cultivateur-propriétaire) qui a été maire de Noisy-le-Sec de 1897 à 1900. Sa mère est Angelina, Marie-Désiré Lime issue également d’une très ancienne famille noiséenne. En 1870, celle-ci est trésorière des Jeunes Filles de la Vierge.

Beaufils Espaullard

 

 

 

Pierre Beaufils Auguste Espaullard 1850-1917

Conseiller Municipal de 1888 à 1894. Elu maire du 12 juillet 1897 à novembre 1897 ; démissionnaire pour raison de santé.

 

 

Il fait de brillantes études au collège Rollin, 12 avenue Trudaine à Paris 9ème. Ce collège s’appelle aujourd’hui le lycée Jacques–Decour. Il s’agit d’un très ancien établissement issu du collège Sainte Barbe de l’Université de Paris. Parmi les enseignants célèbres nous pouvons citer, Jules Michelet, Henri Bergson, Stéphane Mallarmé, Jules Romain…

Hector est par deux fois lauréat du Concours Général. Le Concours Général des Lycées est une compétition nationale qui oppose les meilleurs élèves de terminale de tous les lycées en France. Nous ne savons pas dans quelle(s) matière(s) il a concouru.

Il entre à l’Ecole des Beaux Arts le 20 mars 1894 à l’âge de 20 ans après avoir réussi l’examen d’entrée. Il est admis dans les ateliers de M.M Guadet et Paulin. Brillant élève, il reçoit plusieurs récompenses au cours de sa scolarité dont une médaille le 25 avril 1895 en géométrie descriptive et une autre en perspective le 11 novembre 1897.

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Hector Espaullard vers 1900

Hector Espaullard vers 1900.

Hector Espaullard, Architecte :

Il est diplômé le 18 juin 1903 – Architecte Diplômé par le Gouvernement. Il réalise de nombreux travaux particuliers. Il établit son cabinet à Noisy-le-Sec, dans la maison familiale au 29 boulevard Gambetta. La famille a quitté en 1901 la rue de Brément pour s’installer dans une très belle demeure bourgeoise, œuvre de Charles Barrois. Le boulevard Gambetta a été ouvert en 1888, il s’agit donc d’un quartier neuf.

29 bld Gambetta aujourd'hui Foyer d'hébergement Jean Caron.

29 bld Gambetta aujourd’hui Foyer d’hébergement Jean Caron.

Une anecdote concernant cette maison, rapportée par Hector Espaullard lui même dans le deuxième tome, non publié, de son livre Noisy-le-Sec Village heureux, ville martyre :

« Durant l’occupation allemande, passent la nuit, une vingtaine d’hommes et deux sous-officiers. Ils prennent un phonographe, oublient les disques ; emportent des torchons, des serviettes de toilette, et toutes les chaussettes de laine (négligent celles en coton). Ils vident entièrement la cave, d’ailleurs bien modeste, 45 bouteilles environ. Pour boire ils sortent deux à trois douzaines de verres en cristal, et n’en cassent pas un ; le vin n’était sans doute pas assez capiteux ! Le temps leur manque peut-être pour prendre d’autres choses car après leur départ on trouve deux petits vases d’époque romantique, soigneusement emballés, mais abandonnés. »

Nous pouvons voir encore de nos jours un grand nombre de ses réalisations à Noisy-le-Sec, citons :

  • 85 bld Michelet, immeuble cossu. Le rez-de-chaussée est en matériau noble puisqu’il s’agit de pierres de taille. Pour mémoire, le boulevard Michelet a été ouvert en 1903.

bld Michelet

  • 92 bld Michelet, maison particulière de villégiature, implantée perpendiculairement à la rue. Un intérieur rafiné.

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  • 93 bld Michelet, maison particulière. Ici la façade est en meulière avec des joints garnis de mortier de chaux. La frise au-dessus des ouvertures est constituée de carreaux de céramique, ici tous identiques – fleurs stylisées.

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Véritables cartes de visite pour les architectes, les pavillons arborent en façade une plaque portant le nom de leur auteur.

  • 9 rue Dombasle, immeuble. Décoration soignée en briques disposées en bandeau ou en frise.

Dombasle

  • 13 rue Dombasle (angle avec rue de l’Union n°28), maison particulière bourgeoise. Remarquez le fronton, en pignon, décoré de trois couleurs de briques à plusieurs niveaux de saillie et les cheminées, en terre cuite, torsadées.

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Côté rue de l’Union, nous pouvons voir de nombreuses pièces en reliefs émaillés. Celles-ci proviennent de la faïencerie de Choisy-le-Roi spécialisée dans la céramique architecturale.

En 1904, Hector Espaullard crée un lotissement desservi par l’avenue des Monteux – à l’origine une voie privée reliant le boulevard Gambetta au boulevard de la République – celle-ci est ouverte sur des terrains appartenant à son père. Les pavillons sont en retrait avec jardinet en façade.

Hector Espaullard ne construit pas uniquement pour des particuliers. Il réalise en 1903 pour le compte du Syndicat des cultivateurs et société d’agriculture du canton de Noisy, une fontaine toujours visible de nos jours, route de Rosny. Celle-ci symbolisait l’abondance et la modernité.

A ce sujet voir notre site internet http://www.noisylesec-histoire.fr/2016/11/la-fontaine-des-cultivateurs/

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Hector Espaullard, homme politique :

Parallèlement à sa carrière d’architecte, Hector Espaullard est très investi dans la vie de sa ville. Il est par deux fois conseiller municipal de 1912 à 1929 et de 1942 à 1944. Notons que dans les deux cas il s’agit de périodes difficiles – 1ère et seconde guerres mondiales. Il est adjoint au maire de 1919 à 1925. Les conseillers municipaux élus en 1912, dont le mandat devait expirer en 1916, virent leur mandat prolongé jusqu’en novembre 1919 date des élections suivantes.

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Hector Espaullard est membre de la Commission cantonale des allocations militaires en 1918-1920 et de la Commission des dommages de guerre jusqu’en 1923.

Il est également nommé juge de paix suppléant en 1919. « C’est en janvier 1906 que fut créée une justice de paix particulière au canton de Noisy. On l’installa avec son greffe dans la mairie même, au rez-de-chaussée de la partie construite en 1889. En 1921, elle fut transférée dans un local beaucoup plus vaste d’un nouvel immeuble communale au 1bis rue de la Forge. ».

Hector Espaullard, non datée.

Hector Espaullard, non datée.

7 août 1923, il épouse Marie Croenne. La lecture de l’acte de mariage nous apprend qu’il est âgé de 48 ans et son épouse de 27. Marie Croenne, née à Dechy (Nord), est déclarée sans profession et est domiciliée chez Hector Espaullard. Sa mère est décédée et son père n’est pas présent. Les témoins du mariage sont pour le marié sa mère Agelina (domiciliée au 29 bld Gambetta – elle décèdera en 1926) et pour la marié Charles Rousselet, pharmacien. Ce dernier est un notable, domicilié au 11 bld de la République, sa pharmacie se situe au 9. C’est lui qui a réalisé, entre autre, l’analyse de la qualité de l’eau de la fontaine d’Orval en 1913.

Un contrat de mariage est passé devant Me Henri Corpechot, notaire 10 rue Carnot à Noisy-le-Sec.

La même année nait Pierre, Auguste, Georges.

1923, il est membre fondateur de la Société Coopérative Noiséenne d’H.B.M. et du Foyer Noiséen en 1928 ; il est architecte pour ces deux sociétés.

En 1924, il réalise, pour le compte de Société Coopérative Noiséenne d’H.B.M qui réunit les acquéreurs des terrains, les lotissements de la rue Lavoisier et de la rue Pierre Curie – côté pair. Le président du Conseil d’administration est M. Gay, maire de Noisy, le siège social de la société se trouve 10 rue du Goulet. Les entrepreneurs sont MM. Nicolas et Genète.

Pour la rue Lavoisier nous avons le témoignage de Monique Nizou : « Il avait été prévu deux types de maisons : maisons de 5 pièces avec 1 étage et maisons de 3 pièces de plain pied (depuis elles ont été presque toutes agrandies par les propriétaires successifs). Les garages ont été construits petit à petit car, à l’époque il n’y avait que deux propriétaires qui possédaient une voiture. »

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En 1948, il devient président de l’association syndicale de remembrement qui œuvre à la reconstruction de Noisy-le-Sec suite au bombardement du 18 avril 1944.

Après avoir délimité le périmètre de reconstruction îlot par îlot, il faut procéder au remembrement de chaque parcelle de façon à rénover le centre-ville, trop dense et par endroit insalubre. Le remembrement a donc pour but de répartir d’une manière plus judicieuse les groupements d’habitation. Cette opération nécessite de définir des zones dites “de compensation”, zones non ou peu bâties avant la guerre, qui vont permettre le desserrement. Pour permettre le remembrement, une association syndicale est constituée réunissant tous les sinistrés propriétaires. Ces derniers rassemblent par ailleurs toutes les pièces leur permettant de prétendre à une indemnisation individuelles de leurs dommages de guerre.

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Hector Espaullard historiographe :

En plus de toutes ces activités, Hector Espaullard est un érudit. On ne sait trop comment, il trouve le temps de mener des recherches historiques et de publier le résultat de celles-ci.

 

Il est impossible de nommer ici toutes ses publications tant elles sont nombreuses et dans des domaines variés.

Citons :

En 1902, il rédige une communication sur la statue de Jeanne d’Arc à Noisy-le-Sec auprès de la Commission du Vieux Paris. La Commission du Vieux Paris est un comité consultatif, présidé par le Maire de Paris, créée en 1897, sa mission est de conseiller le Maire pour la protection du patrimoine parisien. Cette commission existe toujours de nos jours.

Ouvrage paru en 1905 – Histoire de Noisy-le-Sec des origines jusqu’en 1914. Analyser cet ouvrage serait une gageure. Il comprend quatre grandes parties et plus de six cent pages. Il aborde la géographie, l’archéologie, la préhistoire, l’histoire, le folklore, la démographie, les statistiques, l’agriculture, les évènements politiques ? etc. Il est illustré de plus de quarante dessins, sceaux, écussons, plans, vues, portraits.. et de onze planches en hors texte.

Une référence incontournable pour nous aujourd’hui.

En mai 1906, Hector Espaullard présente ce livre à la Commission du Vieux Paris dont il est membre. Monsieur Tesson, rapporteur par de cet ouvrage « qui n’est pas une simple monographie mais une véritable histoire ».

Tirage à 1000 ex en 1956, réédité depuis à plusieurs reprises dont notamment en 1990 par Res Universis, Paris

A noter que la publication de l’ouvrage a été rendue possible grâce à une souscription de nombreux noiséens dont Hector Espaullard cite les noms dans la première édition. Cette liste est très intéressante car, outre les noms, H. Espaullard mentionne les professions et les adresses.

1907, Notes historiques sur le Plateau d’Avron, librairie Champion, Paris.

1907, Découverte sur une nécropole aux Petits Noyers à Noisy-le-Sec, Bulletin de la Société Préhistorique de France

1910, La forêt de Bondy-Livry, les bois voisins et la capitainerie des chasses, Journal l’écho du Raincy.

1914, Histoire de la Ville de Bondy. Projet d’édition interrompu par la guerre, repris par la Société Historique du Raincy en 1938.

Des notices diverses : Les mœurs d’un Prince, Louis Philippe d’Orléans, Melle Le Marquis à Villemomble ; Le Raincy, épisode de l’histoire du régiment de la Calotte ; Le tir à l’arc du papegaut et le tir au fusil à Noisy-le-Sec ;

1934, La forêt de Bondy, sa réputation d’insécurité ; fables dramatiques et faits réels, Bulletin de la société historique du Raincy et de ses environs.

1942, Les trois châteaux du Raincy, Bulletin de la société historique du Raincy et de ses environs.

1949, Noisy-le-Sec, village heureux, ville martyre, deuxième partie, Tapuscrit de 1914 à nos jours.

En ce qui concerne ce tapuscrit, jamais publié à la demande de son fils Pierre, Hector Espaullard se montre lui même très circonspect. Il écrit en 1949, un an avant sa mort, dans sa préface : «  Il est vrai qu’écrites à des dates différentes, sans plan préconçu qui en assurât l’unité de présentation, les chapitres de cette seconde partie ne s’équilibrent pas entre eux. Une refonte générale en serait nécessaire ; je n’ai pas le courage de l’entreprendre. On excusera cette défaillance en songeant que je suis au déclin de l’existence et que depuis un demi siècle, déjà je suis penché sur le passé de mon foyer natal. »

Il n’en demeure pas moins que ce document nous apporte des renseignements d’une valeur exceptionnelle sur l’évolution de notre ville de 1914 à 1950.

1957, l’abbé Robert Cochu, propose ses services à la Ville pour dactylographier le manuscrit « que grâce à l’obligeance de son fils, j’avais consulté à plusieurs reprises dans sa bibliothèque et qui m’avait intéressé ». La ville ne donna pas suite.

22 février 1961, délibération du Conseil Municipal (Henri Quatremaire maire). Suite à l’accord de Pierre Espaullard , décide de reproduire dans la forme dactylographiée la deuxième partie de l’ouvrage. L’accord de Pierre Espaullard est soumis à conditions : « sous la gestion de la municipalité actuelle, la publication sous forme d’ouvrage, si elle devait éventuellement se faire, le serait sans y rien retrancher ou ajouter, mais l’utilisation, le tirage partiel pour des fins apolitiques, pourra être fait sans son accord préalable. Par la suite et sous toute nouvelle assemblée qui pourrait lui succéder l’accord préalable pour l’utilisation de ces documents devra lui être demandée ou ses ayants droits consultés. »

Nous ne pouvons que regretter que la plupart des écrits d’Hector Espaullard soient aujourd’hui introuvables.

Hector Espaullard (1944)

Hector Espaullard, 1944.

Il décède le 11 juillet 1950, à son domicile, à l’âge de 75 ans. Marie Croenne son épouse est présente. La déclaration du décès est faite par son fils Pierre, Auguste, Georges Espaullard, qui est alors agriculteur et domicilié dans la demeure familiale. Il repose, dans le caveau familial, à l’ancien cimetière avec ses parents.

Hector Espaullard était Officier de l’Instruction Publique.

Pour conclure, nous citerons l’introduction du Tapuscrit jamais publié : « Mêlé soit comme témoin, soit comme acteur à toutes les épreuves de la vie locale pendant près de trois quarts de siècle, M. Espaullard put se croire qualifié plus que quiconque pour se faire l’historiographe local de la période contemporaine comme il s’était manifesté déjà le découvreur du plus lointain passé de son foyer natal ».

Anne-Marie Winkopp