Cette carte constitue un Mémorial virtuel de toutes les victimes des bombardements aériens de 1944 à Noisy-le-Sec, qu’elles soient habitants, aviateurs, démineurs, sauveteurs… Elle permet de réunir en un même lieu toutes les victimes et ainsi leur rendre hommage et perpétuer le souvenir. Sont également mentionnées les victimes collatérales recensées dans les communes voisines de Noisy-le-Sec, souvent oubliées, dont le nombre représente le quart de l’ensemble des décès consécutifs à ces bombardements.

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– par date, 18 avril 1944 ou 7 août 1944 en cliquant sur les onglets respectifs

– par rue, en utilisant le menu déroulant et en sélectionnant le lieu souhaité

– par patronyme de la victime, il faut entrer au moins les 3 premières lettres du nom de naissance ou marital

ou plus simplement en cliquant sur un des repères figurant sur la carte.

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Les bombardements aériens de 1944 :

Le bombardement de Noisy-le-Sec du mardi 18 avril 1944 au soir fait partie du Transportation Plan élaboré par les forces alliées (destruction des infrastructures ferroviaires dès mars 1944 pour empêcher la machine de guerre nazie de se déplacer à l‘approche du débarquement dans la zone Nord-Ouest de l’Europe) : objectifs ciblés, dont 32 en France. Durant ces trois mois, 22 000 avions largueront 66 000 tonnes de bombes sur la France, la Belgique et l’Allemagne. Les voies ferrées passant à Noisy sont d’une haute valeur stratégique, puisque y transitent tous les trains en direction de l’Allemagne : convois de déportés, de militaires allemands blessés, d’œuvres d’art françaises spoliées, mais aussi, dans le sens inverse, convois de matériels militaires et de troupes, notamment des divisions blindées. La gare de Noisy présente trois particularités : le dépôt (le plus important de la région Est), où sont garées, entretenues et réparées les locomotives à vapeur, le triage, qui s’étend jusqu’à Pantin, et le passage de la Grande Ceinture. Compte-tenu du caractère stratégique de ces trois sites, les Alliés ont décidé de les anéantir par un bombardement massif, qui sera réalisé à haute altitude pour protéger les avions.

Le second bombardement meurtrier sur notre ville est celui du 7 août 1944. Il a lieu de jour, peut-être dû à un avion ayant eu le besoin impératif de se délester de ses bombes. Il est très localisé vers le milieu de la rue de Brément mais est néanmoins meurtrier, occasionnant 5 morts et 20 blessés.

Le contexte historique :

Au total, sur l’ensemble de la guerre, les bombardements alliés occasionneront de l’ordre de 70 000 morts civils sur notre pays et détruiront des villes entières, notamment en Normandie (où Caen, Lisieux, Le Havre parmi beaucoup d’autres doivent selon les objectifs des alliés « être transformées en champs de ruines difficiles à franchir pour les troupes allemandes »), mais également en région parisienne et jusqu’à Marseille.

« Bombarder en amis » : c’est là la complexité et le paradoxe de la position des alliés (Anglais, Américains et Canadiens) quand ils larguent leurs bombes au-dessus de la France. Si pendant des années la polémique relative au dilemme « avantages/coûts » de ce type de bombardement massif est demeurée relativement modérée, depuis quelque temps le débat est devenu souvent moins consensuel.

Le déroulement de l’opération du 18 avril :

Le 18 avril 1944, les speakers de la BBC, la radio anglaise, diffusent un message codé : ’Les haricots verts sont secs, je répète, les haricots verts sont secs ». Ce message donne le top départ de l’opération sur des installations ferroviaires de Noisy-le-Sec.

Le bombardement de notre ville est attribué à 5 groupes de bombardiers lourds (3 canadiens et 2 anglais), regroupant 181 appareils et 1 250 hommes : 8 avions légers marqueront au préalable les cibles, à savoir la gare et les installations ferroviaires. 

Les avions décollent de bases du nord de l’Angleterre le 18 avril vers 20h30. Ils sont chacun chargés de 12 bombes (250 et 500 kg), dont certaines à retardement, et se positionnent en formation en V de 10 appareils imbriqués les uns dans les autres.

Parvenus à proximité de Noisy, ils se stabilisent à une altitude d’environ 3.500 mètres.

Ils arrivent sur la cible par le sud-ouest dans l’axe Bagnolet/Romainville, perpendiculairement aux voies de chemin de fer.

Vers 23 h la sirène, située dans le campanile de la mairie, retentit pour prévenir les habitants. Elle émet un son modulé pour signaler le début de l’alerte.

À partir de 23h25 les avions lâchent 2 076 bombes en 2 vagues, à 12 mn d’intervalle, 1 000 mètres avant les indicateurs de cibles qui brûlent sur la gare.

Un petit garçon, Jean-Marie Robert, avenue des Monteux, se met à pleurer en entendant le vacarme. Ses parents le consolent en lui disant qu’il s’agit d’un feu d’artifice. Le pavillon en face de chez eux sera totalement détruit par une bombe.

À 00h10 le bombardement est terminé.

Quatre bombardiers sont au sol (2 atteints par la DCA et 2 autres s’étant heurtés au-dessus de la gare) avec 27 militaires décédés (18 Canadiens et 9 Anglais, dont l’âge moyen est de 22 ans, le plus jeune ayant 19 ans). Deux autres survivront, dont l’un, le Canadien Gerard Joseph Shaughnessy, grâce à l’aide de Noiséens, pourra regagner l’Angleterre, l’autre étant fait prisonnier.

Militairement analysé, le raid sur Noisy est considéré par les Britanniques comme un succès  (locomotives et wagons détruits, ateliers  sévèrement touchés, rotondes inutilisables). Mais les voies sont rapidement réparées, le trafic reprenant dans la semaine. Compte-tenu du terrible bilan humain, la polémique demeure sur l’utilité de ce type de bombardement, d’autant plus que nombre de ces bombes sont à retardement, et entraîneront de nombreuses victimes le 19 avril et les jours suivants, notamment parmi les sauveteurs.

Les victimes :

Le bombardement a donc occasionné un massacre touchant indistinctement hommes, femmes et enfants. Nous avons recensé de l’ordre de 520 décès noiséens pour une population de 19 000 habitants, auxquels il faut ajouter au moins 172 victimes dans les communes limitrophes, ainsi que les 27 aviateurs, soit un total effectif de décès de l’ordre de 730 personnes suite à cette opération – sans même comptabiliser la trentaine de militaires allemands mortellement atteints – décompte sensiblement supérieur aux 464 victimes noiséennes, décompte rituellement et officiellement retenu depuis des années. Ce bilan fait de la ville l’une des plus meurtries par ce type de bombardement en France.

Certaines familles sont décimées, plus encore que ne le fait apparaître la similitude des noms : ainsi, parmi d’autres, sont frappés l’ensemble lié des Caspers et des Papillier, logeant tous au 20 boulevard de la République, ou encore les de Joannis-Pagan et les Real, résidant au 6 allée Joséphine, ainsi que les Remy et les Ludet (72 avenue Marceau). Des membres de la même famille ne logeant pas à la même adresse sont également pareillement des victimes (Jacob & Leclerc & Antoine, Richard & Laumonnier, d’autres encore).

ll faut y ajouter des centaines de blessés – nombreux marqués à vie – ainsi que les considérables dégâts matériels, sur une zone bombardée de 3 sur 6 kilomètres : sur les 6 000 immeubles de la ville, 350 à 400 seront totalement détruits, 300 à 500 très endommagés, 3 000 réparables, 1 500 à 2 000 demeurant intacts, sans parler des bâtiments et lieux rendus inutilisables (usines, bâtiments publics, établissements scolaires, lieux de culte, cimetière, égouts crevés …). 3 000 bombes ont été lâchées en 25 minutes, dont 300 engins à retardement – certains ayant encore été découverts et désamorcés récemment – faisant ensuite de nouvelles victimes et entravant les secours. Monsieur Genete, responsable de la Croix-Rouge, exprime sa révolte : « Sept jeunes gens de nos secours d’urgence ont déjà trouvé la mort par les bombes à retardement ». Noisy-le-Sec sera le 5 août déclarée « ville morte » par arrêté préfectoral, classement ensuite heureusement remis en cause suite à la mobilisation des femmes de notre ville.

Les corps des victimes sont entreposés au gymnase municipal, rempli en quelques heures. Faute de place la grande salle du restaurant « Chez Dessertine », place Jeanne d’Arc, est alors réquisitionnée. Là encore, les emplacements étant insuffisants pour les recueillir décemment, les cadavres des victimes sont emportés le 20 avril à Pantin, où une morgue est installée.

Si Noisy est la première victime de ce bombardement, ses voisines sont également fortement impactées, même si cet aspect demeure bien méconnu : ainsi Bondy constatera 27 décès et 37 blessés du fait de bombes ayant manqué leur cible, tandis que Romainville comptera 38 morts et 81 blessés, Bobigny 59 décès, Montreuil 13, Drancy 22, Bagnolet 3, les Lilas 6 et Le Pré-Saint-Gervais 1. Les victimes sur Rosny et sur Pantin n’ont jamais pu été répertoriées.

Les acteurs eux-mêmes du bombardement ont payé leur tribut, 27 d’entre eux restant au sol suite à la chute de leur avion sur Noisy-le-Sec. Si la plupart des aviateurs engagés sur cette opération en reviennent indemnes, beaucoup seront touchés lors d’une des sorties ultérieures, qui se succédèrent à une cadence effrenée : ainsi le lieutenant américain John Miller Earman, 25 ans, originaire de Harrisonburg en Virginie, avait participé comme pilote au raid sur Noisy. Il effectuera une nouvelle sortie le 22 sur Düsseldorf, puis de nouveau le 24 sur Karlruhre, le 26 sur Essen, enfin le 27/28 du même mois sur la gare de Montzen en Belgique, mission dont il ne reviendra jamais, son bombardier étant abattu par un chasseur allemand. De la même façon, le pilote Orville Lapointe, Canadien français, participera au bombardement sur Noisy, puis décèdera, après 4 nouvelles sorties, dans son avion accidenté le 3 mai et jamais retrouvé. Le pilote canadien Wilbur Boyd Bentz, dont c’était la première mission, trouvera la mort quelques jours plus tard en Belgique, son appareil étant abattu par un chasseur allemand, et son corps n’étant retrouvé que plus de cinquante années plus tard grâce à l’obstination de son neveu Jay Hammond. Près de la moitié (55 000) des 125 000 hommes ayant servi dans le « Bomber Command » britannique trouvèrent la mort durant la guerre.

Dès le lendemain Philippe Henriot, surnommé le Goebbels français, secrétaire d’État à l’Information et à la Propagande du gouvernement Laval, proclame sur Radio Paris que « le véritable ennemi de la France n’est pas l’Allemagne, mais l’Angleterre ». Il sera exécuté deux mois plus tard par la Résistance. Philippe Pétain lui rendra hommage lors de ses obsèques nationales célébrées à Notre-Dame.

L’origine géographique des victimes

D’où sont originaires, où sont nées les victimes noiséennes des bombardements ?

Pour la région parisienne, les données sont ventilées selon l’ancienne nomenclature, à savoir que le département « Seine » (hors Paris) est pour une bonne part l’équivalent de l’ensemble actuel des trois départements de petite couronne (92+93+94), tandis que la Seine-et-Oise regroupe les départements 78+91+95  :

Les victimes – sans doute représentatives de l’ensemble de la population noiséenne, qui s’établissait alors aux environs de 19 000 personnes – ne sont déclarées nées qu’à hauteur de 15% dans notre commune.

Mais le lieu de naissance est fortement corrélé à l’âge. Si les départements de l’Est de la France sont fortement représentés (25 % des naissances, dont 4 % nées dans le département de la Marne, et 5 % nées en Seine-et-Marne), on constate une très forte différence entre les personnes nées avant 1900 (donc ayant plus de 45 ans), et celles nées après. Ainsi parmi les plus anciens, plus d’un tiers sont nés dans l’Est de la France, et seuls 5 % d’entre eux sont nés à Noisy (reflet sans doute de l’afflux de travailleurs de ces régions venus participer au développement du chemin de fer et de l’industrie dans notre ville). Par contre, parmi les décédés les plus jeunes (moins de 45 ans), seuls un sur six d’entre eux sont originaires de l’Est., tandis que 22 % d’entre eux sont natifs de Noisy.

On remarquera que seules 4 victimes sont originaires de l’ouest parisien (petite et grande couronne).

Parmi les personnes décédées suite au bombardement, 21 sont nées hors de la France métropolitaine (4 en Algérie, 9 en Europe de l’Ouest, 4 en Europe de l’Est , et 4 en Turquie – apparemment pour ces derniers il s’agit de réfugiés consécutifs au génocide arménien).

Les décès par rue (bombardement d’avril)

Cf. carte interactive ci-dessus.

Les habitants du logement le plus affecté par les bombes ont été ceux du 19 boulevard de la République, avec 27 décès. La bombe est entrée par le soupirail de la cave de l’immeuble où étaient réfugiés les résidents. Ceci explique que cet immeuble, au coin de la rue Joséphine, soit demeuré debout et quasiment intact. Au 91 du même boulevard, la voie noiséenne la plus meurtrie (71 victimes), le bilan se monte à 22 décès. Le 72 bis de l’avenue Gallieni est également très lourdement affecté, avec 21 victimes.

L’est, le sud et l’ouest de la ville, moins denses et plus éloignés du chemin de fer, ont été « relativement » épargnés, tandis que le hasard a fait que l’une des principales voies noiséennes, le boulevard Michelet, a été totalement épargnée en termes de victimes décédées.

Nombre de victimes identifiées par voie

Certaines adresses ont subi la « double peine » : ainsi Maurice Graindorge, référencé « communiste » sur la liste établie par l’administration de Vichy, qui résidait au début de la guerre 29 rue Saint-Denis (dont un habitant dans cette maison bombardée en sera victime) est mort en déportation à 39 ans. Il en est de même au 24 rue Henri-Barbusse (subissant une bombe occasionnant une victime) avec Léon Lochin, également référencé comme « communiste » et habitant cette maison (il était le secrétaire des Jeunesses Communistes de la ville), mort en déportation à 28 ans à Auschwitz.

L’impact mortifère des bombes du 7 août 1944 :

Les motifs de ce second bombardement (qui n’a affecté qu’une petite zone sur Noisy, mais y occasionnant 5 décès et 20 blessés) ne sont pas connus (ciblage volontaire d’une zone ennemie ? Casernement ? Erreur ? On ne le saura sans doute jamais …).

Source archives municipales de Noisy-le-Sec

On se rend compte que la rue de Brément, avec ses croisements entre la rue de Neuilly et la rue Ampère a subi la double peine (le 18 avril, puis le 7 août 1944) …

La ville et ses habitants n’en avaient pas terminé à ces dates avec leur souffrance : le 25 août 1944 des ponts seront détruits par des bombardements alliés, le lendemain, le 26, les Allemands lancent des bombes incendiaires sur la ville, le 4 octobre un V1 tombe sur notre commune (à l’intersection des actuelles rues Léo Lagrange et Lamartine), engendrant des dégâts sur 600 mètres de rayon.

Les décès post-bombardement(s)

Si pas moins de 420 Noiséens sont décédés immédiatement sous les bombes au cours de cette soirée, un certain nombre de personnes ont survécu lors de la phase même du bombardement, mais perdront la vie dans la journée du 19 ou ultérieurement du fait des blessures occasionnées à cette occasion, ou bien seront victimes de bombes à retardement dans les heures ou les jours qui suivront.

Ainsi 104 personnes sont déclarées décédées ultérieurement à la phase des quelques minutes qu’a duré le bombardement. Leur décès est intervenu dans une période comprise entre la fin du bombardement et jusqu’à 147 jours (et même 948 pour l’une d’entre elle) après cette date.

Parmi celles-ci, 69 personnes ont été formellement déclarées décédées le 19 avril. Étant donné que la fin du bombardement a eu lieu quelques minutes après le 18 à minuit, il est fort probable qu’une partie de ces personnes aient perdu la vie au cours même du bombardement, et que leur décès n’ait pu être constaté qu’ultérieurement. 5 sauveteurs de la Défense Passive font partie de ces victimes effectivement décédées dans la journée du 19 avril, après la nuit du bombardement, atteints par les bombes à retardement allée des Pavillons.

24 parmi les blessés que l’on a pu à ce jour identifier ont été transportés ce même jour dans les hôpitaux, majoritairement vers ceux de Paris, mais aussi vers ceux du Raincy, d’Aubervilliers et de Bondy. 8 d’entre eux, ainsi que ceux parmi les victimes n’ayant pu être hospitalisées, ne survivront que quelques heures. Dans la confusion, d’autres encore décèderont à la morgue installée rue Damoiselet.

35 victimes survivront plus de 24 heures avant de perdre la vie : 20 au cours des derniers jours d’avril, 6 au cours du mois de mai, puis 9 autres dans les mois qui ont suivi. Ainsi, madame Mélanie Schneider, 36 rue Saint-Denis, a succombé le 12 septembre 1944 à l’hôpital à Paris. Une seule personne a survécu au-delà de 6 mois : madame Marguerite Bailly, 19 boulevard de la République, qui décédera des suites de ses blessures le 22 novembre 1946, soit 2 ans et demi après le bombardement

Également à mentionner le cas des juifs de Drancy, démineurs contraints, tués dans l’enceinte de la gare par une bombe à retardement le 25 avril 1944.

Deux victimes perdront la vie postérieurement à la date du bombardement du 7 août, ce qui porte à 5 le nombre de décès consécutifs à cette action.

La ville se verra attribuer en 1948 la Croix de Guerre avec Palme par le ministre de la Défense.

Les âges des victimes

Ces données sont représentées sur le schéma pyramidal qui suit.

Parmi les victimes, on dénombre 270 personnes de sexe féminin et 207 de sexe masculin.

Il est étonnant de constater une telle disparité. Il est certes logique que l’effectif masculin soit inférieur à l’effectif féminin : il y a alors environ 40 millions d’habitants en France, soit approximativement 20 millions de personnes de sexe masculin. Parmi celles-ci, de l’ordre de 2 millions sont, pour la plupart, prisonniers en Allemagne, une petite minorité est partie rejoindre les forces de Leclerc ou l’Angleterre, ou encore sont clandestins (résistants, juifs …), soit 10 % d’individus de sexe masculin absents en moyenne en France. Mais ici on est très au-dessus de l’écart statistique, qui se monte à 22 % si on tient compte des hommes en âge d’avoir pu être mobilisés au début de la guerre, c’est-à-dire de ceux ayant en 1944 entre 22 et 49 ans …

Curieusement, cet écart féminin-masculin vaut aussi pour les jeunes enfants : ainsi il y a sensiblement plus de fillettes de moins de 10 ans (24) que de garçonnets du même âge (18).

En guise de conclusion

A la veille du 80ème anniversaire des bombardements aériens de 1944, il est opportun de faire un point sur la connaissance de ces évènements et plus particulièrement sur le nombre et l’identité des victimes.  Nommer les morts, les identifier, c’est leur rendre hommage et les sortir de l’oubli.

Le chiffre officiel de 464 morts, écrit dans le marbre par la citation du 11 novembre 1948 à l’ordre de l’armée de la ville de Noisy-le-Sec, doit être remis en cause.

L’étude des fiches des victimes, trouvées aux archives municipales, de la liste des noms figurant sur le monument aux morts, des sites mémoriels, nous a permis de faire parler les chiffres de leur donner corps et sens.

Il est aussi important d’unir dans ce mémorial virtuel TOUS les morts, civils noiséens, aviateurs, sauveteurs et démineurs, ainsi que ceux que l’on n’évoque jamais, les habitants des communes voisines de Noisy-le-Sec, dont près de 200 ont perdu la vie suite à ce bombardement. 

Il n’y a pas de hiérarchisation des victimes, toutes méritent d’être honorées.Il est également utile de localiser, de cartographier la mort. Nous avons ainsi un panorama de la destruction de la ville après les bombardements, Noisy-le-Sec déclarée « ville morte » par le gouvernement de Vichy.

Cette carte interactive sera mise à jour régulièrement. Il vous appartient de la faire vôtre et de l’alimenter de vos histoires. Vos histoires qui font notre Histoire.

Jean-Luc Simon

Anne-Marie Winkopp

Commentaires

5 réponses à “Les victimes des bombardements aériens de 1944 sur Noisy-le-Sec, repérage cartographique”

  1. Avatar de Patrice Legoux

    Bonjour,

    Très intéressant article que je vais relire avec attention. Heureusement pour eux et pour moi, mes grands-parents ont subit ces bombardements mais n’ont pas été tués.
    Après relecture je reviendrai probablement vers vous.
    En attendant, après avoir trouvé votre publication sur Twitter, je l’ai reposté avec quelques éléments personnels concernant mes grands-parents et l’oncle de ma grand-mère qui habitaient tous Noisy-le-Sec lors de ces bombardements:
    https://twitter.com/plegoux/status/1643644443919110144?t=flAZtFnvNbRpsSno0CFRjQ&s=19

  2. Avatar de Jay Hammond (du Canada)
    Jay Hammond (du Canada)

    To all the inhabitants of Noisy-le-Sec who thought the “green beans are dry” would signify the start of their liberation but instead died or were horribly wounded. The use of time delayed bombs was inexcusable. I will be remembering them and you today.

    Sincerely, Jay

    ——————
    Traduction:
    A tous les habitants de Noisy-le-Sec qui pensaient que les « haricots verts sont secs » signifieraient le début de leur libération, mais qui sont morts ou ont été horriblement blessés. L’utilisation de bombes à retardement était inexcusable. Je me souviendrai d’eux et de vous aujourd’hui.

    Sincèrement, Jay

  3. Avatar de Jean-Luc Simon
    Jean-Luc Simon

    Jay Hammond est un ami canadien qui avait contacté d’abord la mairie de notre ville il y a quelques années, puis Noisylesec-Histoire(s), car il avait suivi avec passion depuis des années l’itinéraire de son oncle, Wilbur Boyd Bentz. Ce denier s’était engagé comme volontaire en 1941, à l’âge de 21 ans, dans l’armée de l’air du Canada. Sa première mission en Europe consiste, en tant que pilote du bombardier, le quadrimoteur Halifax LW682, dans le bombardement de Noisy-le-Sec le 18 avril 1944. Sa troisième mission, le 12 mai, vise le bombardement d’objectifs stratégiques en Belgique. L’avion est intercepté par le Messerschmitt BF110 du pilote allemand Martin Drewes. Un combat s’engage, et après plusieurs manœuvres le bombardier est pris dans les balles du chasseur et, en feu, tombe vers le sol sur plus de 3000 mètres.

    Plusieurs membres d’équipage parviennent à sauter en parachute, certains d’entre eux n’y survivront pas, trois équipiers demeurent dans la carlingue, tandis que l’avion s’écrase dans un marécage en explosant. Dans un rapport les Allemands déclarent que l’avion « s’était perdu dans le Sumpf ». En 1946 une équipe de la Royal Air Force envisage la recherche, avant de renoncer en raison de l’état du terrain. Dans les années qui suivirent le marais retrouva son état d’origine. Au fil du temps une légende se tissa, bien que l’on sache qu’il y aurait encore « des pilotes » dans le marais.

    En 1994 les plans pour retrouver l’avion et les pilotes commencèrent à germer. Débute alors une longue période de recherches de moyens et de fonds menées par le neveu du pilote, Jay Hammond. Après beaucoup d’investissements et d’efforts, en 1997, soit plus d’un demi-siècle après le drame, sont lancés la recherche et le renflouement de l’avion. Le projet est mené avec difficulté, mais finit par aboutir. Les trois membres d’équipage sont retrouvés près de la trappe d’évacuation, équipés de leurs parachutes. Ils seront enterrés dignement, avec tous les honneurs, en présence notamment du pilote allemand – d’abord demeuré incognito, avant d’être reconnu par les familles – qui avait abattu le Halifax, Martin Drewes.

  4. Avatar de Dan Vander Zwalm
    Dan Vander Zwalm

    Mon père, Michel Vander Zwalm décédé en 2009, avait survécu avec sa mère aux bombardements ayant eu le temps de se réfugier sous une épaisse table qui a résisté aux gravats. Ce qui ne fut pas le cas de son pauvre père Marceau Vander Zwalm qui selon mon père était retourné couper le compteur à gaz. Sa mère a souffert tout le reste de sa vie de séquelles de ce bombardement, ayant passé plusieurs heures sous les gravats, elle est décédée en 1969 .Mon père, alors âgé de 4 ans, n’a pu parler durant quasiment 2 années, traumatisé par l’évènement et le décès de son père qu’il a de fait jamais connu et dont il souffrait la perte en silence.
    Si vous possédez des photographies de l’allée des Pavillons avant et après le bombardement, j’aimerais pouvoir en avoir des copies pour mémoire. Cordialement.

  5. Avatar de Valérie DOLMAIRE
    Valérie DOLMAIRE

    Mes grand parents, Marie Madeleine et Georges DOLMAIRE, habitaient au 11 de l’avenue Galliéni où leur fils Raymond, mon père, a vu le jour en 1926.
    Mon grand-père travaillait pour les Chemins de Fer de l’Est, à la gare de Noisy et faisait partie du réseau de résistance Maximilien Fer.
    Lors du bombardement, mon père était en convalescence chez sa grand mère, à Talus Saint Prix dans la Marne.

    Lorsque les sirènes donnant l’alerte ont retenti, les habitants de l’immeuble se sont réfugiés aux abris. En descendant, leur voisin du dessus, Mr JOUNIAUX (Gaby) a frappé à leur porte en leur disant de venir avec lui.
    Mon grand père, ancien combattant de la Grande Guerre, las de descendre pour « rien » refusa. Gaby insista en lui disant qu’il fallait descendre que « c’est du sérieux, cette fois-ci c’est pour nous ! ».
    Devant l’inquiétude de ma grand-mère et l’insistance de son voisin et ami, il finit par se laisser convaincre.
    Bien lui en a pris ! A peine étaient-ils rentrés dans l’abri que le déluge de feu commençait et leur immeuble fut soufflé.

    J’ignore où ils se sont réfugiés quand le bombardement a pris fin.
    Probablement chez ma grand-tante, Renée BRASSARD, la sœur de ma grand-mère qui habitait au 16 rue Baudin et dont l’appartement n’avait eu comme dommage qu’un éclat de métal qui l’avait traversé, rentrant par la chambre pour aller se ficher à l’opposé dans le mur de la salle à manger.

    Le lendemain, mes grand-parents accompagnés d’un Monsieur qui travaillait chez Hachette venu pour les aider, sont retournés à leur domicile afin de voir ce qui pouvait être récupéré.
    Des Allemand patrouillaient et avaient reçu l’ordre de tirer sur les pillards.
    Mon grand-père,originaire des Vosges, empêcha l’un d’eux de tirer sur un voisin qui tentait de récupérer quelques affaires dans les décombres grace à un Allemand impeccable.
    C’est d’ailleurs la seule et unique fois de toute la guerre où il parla en Allemand.

    Une dame qui habitait le pavillon de l’autre côté de la rue vint demander à mon grand-père de lui prêter son échelle. Sa maison n’avait apparemment rien mais elle ne pouvait rentrer chez elle à cause des gravats.
    Mon grand-père accepta et la vit grimper à l’échelle puis passer par une des fenêtres avant de retourner à ses occupations.

    Malheureusement pour elle, quelques instants plus tard, le pavillon fut soufflé par une bombe à retardement qui était tombée par la cheminée.
    Le Monsieur de chez Hachette poussa ma grand-mère sous le porche du n°13. Elle eut la vie sauve grace à son geste mais lui, reçut un gros moellon sur le dos et fut grièvement blessé.
    Elle me dira plus tard que le n°13 lui a porté bonheur ce jour là mais aussi qu’elle ne réussit jamais à savoir ce que son sauveur était devenu après qu’il ait été emmené.

    Peu de temps après, mes grand-parents rejoignirent mon père à Talus Saint Prix qui me raconta que lorsqu’il vit descendre ma grand-mère de l’autocar, il avait eu l’impression qu’elle avait vieilli de 10 ans.

    Après la guerre, la famille réunie à Noisy alla vivre dans un pavillon de la rue des Maraichers qu’ils ne quittèrent qu’à la fin des années 50.

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