Tristan de Rostaing est né le 5 janvier 1513 à Sury-le Comtal dans le Forez (département de la Loire) sous le règne de Louis XII. Il est le quatrième fils de Jean de Rostaing et de Jeanne de Chartres. Son père est gentilhomme à la Maison du Roi. Il nait Marquis de Rostaing.

blason

Le blason de la famille de Rostaing

Il est page du Connétable Anne, duc de Montmorency puis de Charles de France , duc d’Orléans qui le nomma en 1539, Maître de la Garde-Robe du Roi puis la même année Premier-Gentilhomme de la Chambre du Roi. Le roi du moment est François 1er.

C’est ce même duc d’Orléans qui lui procure la lieutenance des provinces du Bourbonnais et de la Marche.

Il se marie le 15 juin 1544 avec Françoise Robertet dont il aura 4 enfants (3 filles Charlotte, Marguerite et Anne-Jeanne et un garçon Charles). Par contrat de mariage Françoise Robertet apporte à son mari :

  • la baronnie de Guerche
  • les seigneuries de Liesne-lez-Melun, Vaux-Apeny, Villemomble et Noisy-le-Sec.

Françoise Robertet 1519-1580

Portrait en pied, représentée avec ses trois filles et le buste de son fils, le tableau du naufrage du bateau de son fils.
Texte sous le portrait qui décrit l’estampe : “Le Trésor qu’elle avait destiné pour faire rebastir Vaux Apenil & un monument, l’occupation des ses filles & la couronne de Science qu’elle donnoit à son fils aisné qui fit naufrage sur mer, en revenant d’Ambassade de Constantinople, dont elle mourut de déplaisir, 1574.”
Quatre vers sous le portrait : ” Estant de riche naissance, et se voyant de loisir, sa vertu n’eut de plaisir, rien que la magnificence “.

Françoise  Robertet est la petite fille de Fleurimont Robertet, seigneur de Villemomble et en grande partie de Noisy (de 1525 à 1527). Fleurimont  Robertet est protestant.

Le roi Henri II, étant encore dauphin, prend Tristan de Rostaing à son service en qualité de gentilhomme de sa chambre. Il conserva ses mêmes fonctions auprès des rois François II et Charles IX.

1548, il est fait chevalier de l’ordre de Saint-Michel par Henri II.

La reine Catherine de Médicis, régente du royaume du 5 décembre 1560 au 17 août 1563, en fit l’un de ses principaux confidents et elle choisit sa femme Françoise Robertet pour l’une de ses dames d’honneur.

portrait de Catherine de Médicis vers 1555

portrait de Catherine de Médicis vers 1555

Rappelons le problème religieux de cette période trouble. Le règne de François II est marqué par la montée des violences religieuses.

À la mort de son époux, Catherine de Médicis est considérée par certaines autorités protestantes comme une personne ouverte d’esprit et sensible à l’injustice.. Sous l’influence de ses amies les plus proches, attirées par la réforme protestante, et prenant conscience elle-même de l’inutilité de la répression, elle entame dès la mort du roi un dialogue avec les protestants.

Elle se dit prête à accepter leur présence à la condition qu’ils restent discrets et qu’ils ne s’assemblent pas (et ainsi éviter l’agitation dans la population). Progressivement, elle devient face aux Guise le plus ferme soutien des partisans de la tolérance civile.

Tristan de Rostaing prend part à la négociation de paix qui se traite devant le siège d’Orléans. Il a été envoyé par Catherine de Médicis auprès du duc de Guise pour trouver un accord de paix entre les deux religions.

François de Guise est blessé mortellement par un gentilhomme calviniste, Poltrot de Méré. L’attentat a lieu alors que le duc, en compagnie d’un de ses gentilshommes, Tristan de Rostaing, rejoint son logis au château de Cernay, sur la rive gauche du Loiret, mortellement blessé , eut la force de rentrer à son logis où il mourut le 24 février.

Assassinat du Duc de Guise

Assassinat du Duc de Guise

Petite parenthèse pour éviter les confusions. Dans certaines familles, on pousse la coquetterie jusqu’à se faire assassiner de père en fils. C’est le cas des ducs de Guise. Le meurtre du fils sur ordre d’Henri III, dans le château de Blois, en 1588, est le plus célèbre. Celui du père, François Ier de Lorraine, deuxième duc de Guise, lors du siège d’Orléans aux mains des réformés, est moins connu. Ce prince à l’ambition féroce est le chef du parti catholique qui soutient le jeune roi Charles IX. Il est prêt à tout pour vaincre.

1563, Grand Maître des Eaux et Forêts de France. Le maître des eaux et forêts est, sous l’Ancien Régime, une personne chargée de surveiller et de contrôler un territoire mis à disposition de ses habitants par le roi ou le seigneur. Il constate les infractions éventuelles et peut dresser des procès-verbaux. Autre maître des eaux et forêts célèbre Jean de La Fontaine.

Tristan de Rostaing

1576, Grand-Maître des Logis de France.

1582, le roi Henri III lui décerne le collier de l’ordre de Saint-Michel et également celui de l’ordre du Saint-Esprit.

1589, il reçoit le brevet de Maréchal de France du Roi Henri III pour avoir soutenu 2 sièges dans la ville de Melun en 1588 et 1589. Il ne put prêter serment suite au décès du dit Roi à Saint-Cloud. Rappelons qu’Henri III a été poignardé par le moine Jacques Clément alors qu’il était assis sur sa chaise percée.

Tristan de Rostaing

Tristan de Rostaing décède au château d’Aunoy, près de Provins, le 7 mars 1591 à l’âge de 78 ans ce qui est un âge tout à fait exceptionnel pour l’époque où l’espérance de vie pour les hommes était de 26 ans (à noter qu’un riche vivait en moyenne 10 ans de plus qu’un pauvre).

« Son corps gist dans l’église de St Pierre de Vaulx à Penil proche ledit Melun. »

Sous un de ses portraits on peu lire : « ses soins brillaient nuit et jour pour le repos de la France avec tant d’expérience qu’il charmait toute la cour. Chacun l’ayant consulté, ainsi qu’un parfait oracle qui savait vaincre l’obstacle de chaque difficulté. »
C’est son fils Charles qui lui succède mais vers 1608 à la suite de certains arrangements et partages de famille, il abandonne à Marguerite, sa sœur, épouse de Pierre de Flageac, ses droits sur les terres de Villemomble et Noisy-le-Sec. Mais ceci est une autre histoire.

Charles de Rostaing fait élever un mausolée à la mémoire de son père dans la chapelle Saint Charles du couvent des Feuillants à Paris. Une inscription commémorative en marbre noir dédiée aussi à sa mère Françoise Robertet (†1580).

couvent des Feuillabnts

Couvent des Feuillants

En 1824, un de leur descendant, le marquis de Rostaing, fit replacer les priants de Tristan et de Charles, l’inscription et les bustes de Jean et Antoine de Rostaing dans l’ancienne chapelle familiale de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois.

tombeau rostaing

Tristan de Rostaing a servi six rois de France : Louis XII, François 1er, Henri II, François II, Charles IX et Henri III. Il est mort sous le règne de Henri IV.

Tristan de Rostaing et Noisy-le-Sec :

Tristan de Rostaing, seigneur de Noisy, a été envoyé, par Catherine de Medicis auprès du duc pour trouver un accord de paix entre les deux religions. La mort du duc a accéléré les négociations auxquelles le seigneur de Noisy a largement participé.

L’édit d’Amboise a été publié le 19 mars 1563 et a mis fin à ce premier assaut.

Il faut désigner les localités dans lesquelles les protestants pourront librement pratiquer leur religion. Noisy-le-Sec est un de ces lieux.

Il faut rappeler l’importance du fait religieux en cette période du 16ème siècle. Sans baptême catholique romain aucune naissance n’est inscrite sur les registres d’état civil et sans mariage catholique romain aucun couple n’est reconnu comme valide.

Pourquoi ce choix de Noisy-le-Sec ? Sans doute parce qu’un assez grand nombre des habitants du village de l’époque avaient embrassé la nouvelle religion.

L’introduction du protestantisme à Noisy-le-Sec a été faite, grâce au protestant Fleurimont Robertet, seigneur de Villemomble et en grande partie de Noisy et par Tristan de Rostaing, sympathisant de la Réforme, seigneur de Noisy-le-Sec et époux de la petite fille de Robertet.

Agrippa d’Aubigné dit dans son Histoire Universelle à l’année 1576 : « plusieurs ministres étaient chassés des lieux où ils devaient prêcher selon l’édit nommément de Noisy et de Paris. » Une note de l’éditeur ajoute « Les habitants de Paris qui avaient assisté au prêche de Noisy furent d’après la Popelinière (homme de guerre et historien) condamnés à l’amende ».

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Sa situation assez écartée semble avoir préservé le village de Noisy d’un contact direct avec les troupes royales. Malgré le calme relatif qui parait avoir été son partage à cette époque, la population noiséenne subit pourtant quelques contre-coups des troubles religieux et des luttes des partis qui déchirèrent la capitale. Le 1er décembre 1589, les échevins de Paris acquis à la Ligue faisaient injonction “à tous  laboureurs à douze lieux à la ronde de battre leurs grains pour iceulx estre amenés et vendus en la ville”. Hector Espaullard, Noisy village heureux, ville martyre.

Anne-Marie Winkopp