Albert Bergé est né en 1912 à Rosny-sous-Bois. C’était le fils ainé d’Eugène Bergé et de Gabrielle Pecqueur. Un frère, Charles, et deux sœurs, Geneviève et Marie-Thérèse viendront plus tard. Déjà son père Eugène était alors employé au chemin de fer. Il deviendra plus tard employé d’assurances. C’est Eugène qui fit construire en 1912 l’immeuble sis 33 Bd Gambetta (juste après la maison H. Espaullard et avant l’entrée du collège Prévert), qui deviendra la résidence familiale.

Albert Bergé 1913 a un an

Albert Bergé 1913 a un an

1924 en communiant

1924 en communiant

Les années d’apprentissage :

Après son certificat d’études en 1926, Albert entra comme apprenti à la Compagnie des Chemins de fer de l’est * (la SNCF, regroupant les différentes Compagnies régionales, ne verra le jour qu’en 1937 sous le Front populaire, nationalisée le 1/1/1938). Il suivit les cours d’apprentis au dépôt de Noisy-le-Sec pendant 3 ans jusqu’en 1929 : en témoigne son carnet d’apprentissage retrouvé. Ses très bons résultats scolaires le firent admettre à la préparation du cours supérieur d’apprentissage professionnel, toujours au dépôt de Noisy.

[*Société anonyme créée le 17/12/1845 sous le nom de Cie des chemins de fer de Paris à Strasbourg ; deviendra la Cie des chemins de fer de l’est en 1854]

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locomotive de la Compagnie de l'Est, n°140-A-071

locomotive de la Compagnie de l’Est, n°140-A-071

Appelé sous les drapeaux, il part le 20 avril 1933, affecté à Metz au Quartier des Vallières (classe 1932, 1er contingent, matricule 2130, à la 4ème batterie du 39ème régiment d’artillerie : il existait une photo le montrant avec les chevaux (document non retrouvé).

1933, service militaire dans la cour du 33 bld Gambetta

1933, service militaire
dans la cour du 33 bld Gambetta

militaire à Metz

militaire à Metz

Libéré le 29 mars 1934, il retourne au dépôt de Noisy, puis est affecté à celui d’Epernay le 30 juin 1935, logeant avec d’autres condisciples à la pension Rabajoie (ça ne s’invente pas !). En 1936, il fait 4 mois de Stage supérieur au dépôt de Chalons, avant d’être affecté définitivement à celui de Noisy, comme ajusteur, le 1er octobre 1936 : il y fera toute sa carrière.

1937

1937

1935 au dépôt

1935 au dépôt de Noisy-le-Sec – 4ème à gauche.

1937

1937

Il se marie en 1937 à la mairie de Noisy-le-Sec avec Jeanne Marcelier, jeune fille de Rosny-sous-Bois, qu’il avait connue 2 ans auparavant. 1938, naissance de leur 1er enfant : Jean (c’est-à-dire moi-même) au 86 bd de la République. Début 1939, ils déménagent au 1er étage de la maison familiale du 33 Bd Gambetta qui restera leur habitation jusqu’à la fin de leur vie.

10 novembre 1937 mariage avec Jeanne Marcelier

1937 mariage avec Jeanne Marcelier

 

Début de la guerre et débâcle :

En 1939, c’est la déclaration de guerre. Au dépôt, un masque à gaz est distribué à tout le personnel. Le 11 juin, il fait un stage au fort de Charenton (dépôt d’artillerie No 21). Il est mobilisé sur place au dépôt de Noisy en tant qu’agent de la SNCF. Travail au dépôt et dans les rotondes.

Juin 1940, c’est la débâcle ; il est évacué, ma mère étant enceinte d’un 2ème enfant, vers le dépôt de Brive. Pérégrination rocambolesque : le 14 juin, ravitaillement aux Aubrais(Orléans), le 15 à Salbris le matin et à Vierzon le soir, le 16 à Montluçon. Le 17 au soir, arrivée à Brive, où avec l’autorisation du dépôt de Noisy, il est affecté à celui de Brive. Mais il faut encore fuir : le 18 juin ( !), arrivée à Limoges où il va se présenter au dépôt. Mes parents trouvent une personne charitable, Mme Bouchoule, pour nous héberger tous : mon père, ma mère enceinte, ma grand-mère et moi-même.

L’occupation ; Le bombardement de Noisy :

Le 25 juin, c’est la fin des hostilités. Albert repart pour Limoges, puis Noisy où il reprend le travail le 10 juillet. Le 6 août, il retourne à Limoges où il trouve mon frère François né le 3 précédent. Le 10, il rentre à Noisy. Le 19, en partance pour Limoges, il est arrêté par les Allemands à Vierzon et est obligé de remonter à Noisy, que toute la famille réintègre le 21 août 1940. Jusqu’en 1944, c’est le travail quotidien au dépôt : entretien des machines, astreintes nombreuses, alertes…Les conditions de vie sont difficiles, en particulier les problèmes d’alimentation ; Le 2 novembre, il arrive à se faire livrer 1000 kilos de traverses de rail, goudronnées, dans la cour de la maison, en vue de les utiliser comme combustible : bien sûr, elles n’ont jamais servi et y sont restées, immobilisées, jusqu’en 1992 !

1944 ; le 18 avril, c’est le bombardement de Noisy : alerte à 23h 10, fin de l’alerte à 2h 45. Toute la famille s’était réfugiée dans la cave, sauf le grand-père Eugène, qui à la grande fureur de la grand-mère était resté dans son lit. Par chance, l’immeuble n’a pas été touché. Par contre, un morceau de l’aile d’un avion canadien s’est abattu dans le terrain vague en face. Mais il faut évacuer, Noisy étant déclarée ville morte et toutes les infrastructures étant détruites, nous partons à Rosny chez les grands-parents. Le 11 août, la Gestapo occupe le dépôt. Le 27 août, découverte d’une bombe non explosée : le dépôt est évacué. Le 17 septembre, retour de toute la famille à Noisy

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Le 8 août 1945, annonce de la fin des hostilités en Europe. 2 jours de congé exceptionnels sont accordés : concerts de cloches et de sirènes, illuminations et réjouissances populaires. Le 25 août, le dépôt reçoit 2 prisonniers allemands en renfort.

1945-1967 :

Depuis la fin de la guerre, ce fut le travail quotidien des agents de la SNCF, chacun dans sa spécialité. Mon père était ajusteur de formation : je me souviens qu’il avant inventé un système destiné à améliorer le freinage sur les roues : cela fut relaté dans un article de la « Vie du rail », le journal de l’entreprise. Malheureusement, je n’ai pas retrouvé ce document. Albert a terminé sa carrière comme chef de brigade, puis faisant fonction de contremaitre.

1965 dépôt de Noisy 1

Juin 1965 – 2ème rang à droite.

amicale des anciens appentis

Il a reçu 2 distinctions :

-Le diplôme et la médaille d’honneur des chemins de fer, le 3 juin 1952 (25 ans de services)

-La médaille de vermeil (35 ans de services), le 5 juillet 1962.

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C’est le 18 juillet 1967 qu’il est admis à la retraite, après 40 ans passés au service de l’entreprise.

1970 Albert Bergé

1970 Albert Bergé

Il est décédé en 1992, à 80 ans et est enterré au cimetière ancien de Noisy, tout près des voies de chemin de fer qu’il avait fréquentées si longtemps.

Jean Bergé

(d’après les notes que mon père avait prises, au jour le jour, depuis 1933 jusqu’en 1985)