Sa sépulture

Son corps n’a été retrouvé et relevé qu’en juillet 1920 par l’abbé Paquis (curieuse coïncidence avec le surnom ancestral de notre famille : Pasquier ou Pâquier), jeune et actif curé de Loupeigne, officiellement chargé de la recherche et des exhumations des corps de soldats, tant français qu’allemands dans un certain périmètre de sa paroisse, pour les réinhumer dans le cimetière militaire créé à l’une des extrémités de sa paroisse. Face à l’entrée centrale de cette nécropole et sur une élévation de terre au bas de laquelle avait été disposé un ossuaire pour les inconnus, un notable voisin dont la famille avait payé un large tribut à la guerre, fit édifier une petite chapelle en pierre avec de jolis vitraux.

 

 

 

 

C’est ce prêtre qui avait adressé à Monsieur Gilly, Curé de Noisy, la carte de visite ci-après, qui l’a discrètement remise à mon père.

 

 

 

le document annoté par Raymond Nicolas

 

Un proche dimanche suivant, accompagné d’Henri Damoiselet, je me suis rendu par le train jusqu’à La Fère-en-Tardenois, puis à bicyclette pour prendre contact avec l’envoyeur avant de me rendre au cimetière et m’incliner devant la tombe en tumulus.

A ma question sur un transfert du corps, gratuit à l’époque, dans notre caveau familial, il me l’a déconseillé en raison de l’état des restes et pour ne pas le séparer des camarades auprès desquels il avait souffert.

Cette décision trouvait, par ailleurs, sa corroboration dans ce qui suit :

– Malgré les avis et documents officiels, ma mère n’a jamais voulu croire à sa mort. Au cours des quinze années pendant lesquelles elle a survécu, elle n’a pu abandonner son inextinguible espoir. Lorsqu’un visiteur sonnait (rue de Bethléem puis rue de La Forge) elle se précipitait pour aller ouvrir. Déçue, elle le recevait parfois sèchement à la grande surprise de celui-ci. La nuit qui a précédé sa mort, alors que souffrant atrocement (cancer généralisé) malgré les piqures de morphine, un imbécile rentrant sans doute du cinéma et apercevant de la lumière entre les lamelles des volets de bois de la chambre, a sonné. Elle a sursauté sur son lit, dans une ultime espérance. Elle est décédée au matin du 15 août 1933, jour de la fête de l’Assomption de la Vierge qu’elle avait tant priée et laquelle elle avait fait des voeux. N’y avait-il pas là une forme d’exaucement ?

– J’aurais toujours douté de l’identité des restes qui nous auraient été remis. En effet, afin de recevoir de nombreux corps, de longues et profondes  tranchées avaient été creusées à main d’homme, au fond desquelles étaient déposés, presque côte à côte à mesure de leurs arrivées, parfois non successives, les cercueils de bois blanc portant, en peinture grossière, un numéro de repère et progressivement recouverts de terre sur laquelle étaient plantées, au mieux des croix de bois, blanches pour les Français, noires pour les Allemands, disposées de part et d’autre de l’allée centrale et portant chacune le numéro d’ordre et les nom et prénoms.

Le pied de ces croix ayant rapidement pourri, elles furent, quelques années après, remplacées par d’autres en ciment armé avec une plaque, en alliage de zinc, portant en relief, les mêmes indications que celles qui précèdent, complétées par le lieu du décès (ou de la découverte), ainsi que la mention « Mort pour la France ».

 

2014, le cimetière

 

Sa tombe est située dans la première rangée de gauche en entrant et elle porte le numéro 463.

J’ai conservé de lui un souvenir qui ne s’effacera jamais et si ma signature peut vous paraitre alambiquée et prétentieuse, sachez que le paraphe en demi-cercle qui l’entoure, malgré quelques déformations dues au temps et à l’âge, représente l’initiale majuscule « G », l’associant ainsi à tous les actes importants de ma vie dont, s’il avait survécu, le cours, et par voie de conséquences, le vôtre, eut été vraisemblablement différent.

Raymond Nicolas.

source : Christophe Nicolas

 

Georges Henri illustrait parfois ses correspondances de dessins à l’intention de son petit frère Raymond. En voici quelques uns..