Une mesure d’urgence : Les cantines populaires gratuites d’août à décembre 1914

Le 2 août même, moins de deux heures après l’annonce officielle de la mobilisation, un avis est placard sur les murs de la ville. On peut y lire :

“ En prévision de la gêne dans laquelle pourrait se trouver un certain nombre de familles, et dans l’attente d’autres mesures déjà prises, le Maire de Noisy-le-Sec (Georges Gay, commerçant maire de 1908 à 1925) à l’honneur d’informer la population que des cantines populaires vont être organisées. Les personnes désireuses de profiter des distributions alimentaires sont priées de venir se faire inscrire…..”

Deux jours après, quatre cantines fonctionnaient :

–       à Merlan

–       écoles Gambetta-Carnot

–       école Cottereau

–       à la Boissière

Elles restèrent ouvertes jusqu’au 20 décembre 1914.

Ces cantines fournissaient gratuitement 200 à 250 grammes de pain par repas aux adultes et 150 à 200 grammes aux enfants de moins de 10 ans, des soupes, des ragouts, des pâtes et toujours un morceau de viande, soit bouillie soit rôtie, et quelque fois du fromage.

Les cantines de Merlan et Gambetta-Carnot servirent 362 repas par jour en août, 214 en septembre, 230 en octobre, 212 en novembre, 200 en décembre.

A l’école Cottereau, le chiffre est encore supérieur : 500 repas par jour en août et 450 ensuite. A La Boissière, 120 à 130 repas servis par jour.

A cela il faut ajouter les distributions faites aux évacués de passage pendant l’exode d’août à septembre 1914. La quantité de pain consommé a été de 38 000 kilos.


1915 - Queue derrière un camion de bière


Le financement de ces mesures :

2 août 1914, le Conseil Municipal vote un prélèvement de 25 000 francs sur le budget supplémentaire encore non employé pour l’affecter “à l’achat de denrées alimentaires ainsi qu’à des secours divers à accorder pendant la mobilisation”.



Cela ne suffit pas :

11 août, une souscription fut ouverte “dans le but de venir en aide aux familles nécessiteuses ou aux familles des militaires sous les drapeaux”. En quelques semaines les dons en espèces dépassaient les 8 000 francs et les dons en nature, alimentation et vêtements, permirent d’aider les habitants et les réfugiés.


Création de milliers de “bons d’alimentation” échangeables chez n’importe quel commerçant de la ville.


1er décembre, 15 000 francs sur une avance de 24 000 francs consentie par le Département, furent affectés “à l’achat de denrées et secours divers”. Un stock de légumes secs fut constitué pour pare aux cas imprévus (stock utilisé en 1916 et durant l’hiver 1917 – 3 000 kgs de haricots et 2 000 kgs de lentilles).

Le problème de l’alimentation en lait :

L’approvisionnement en lait fut bien vite très difficile. Pendant les 3 semaines que dura le mobilisation puis pendant les semaines qui suivirent jusqu’à la victoire de la Marne, tous les transports civils étaient suspendus. La production locale était très réduite (voir article sur la laiterie de Verneuil). Le lait nécessaire venait en grande partie de l’est par le chemin de fer et arrivait donc irrégulièrement et de façon insuffisante.

Du 3 août au 6 octobre des distributions centralisées à l’école Gambetta eurent lieu chaque matin et chaque soir pour les personnes inscrites (jeunes enfants, maladies, vieillards et femmes). Il y avait des bons gratuits ou payants délivrés par la mairie sur production de  pièces d’identité et de certificats médicaux. 95 familles reçurent gratuitement 130 litres de lait pendant 66 jours. Puis la vente redevint normale. Il y eut encore quelques restrictions apportées à la liberté de vente notamment pendant les périodes d’hiver.

Le Comité d’approvisionnement

Le 22 octobre 1916, M. Gay, maire, 8 conseillers municipaux et 6 habitants de la commune décident la formation d’une société en participation “ayant pour but l’achat et la vente aux plus juste prix à la population de denrées alimentaires.” Cette société (loi de 1901) créée pour 3 ans prévoyait que toutes les fonctions étaient gratuites et qu’à la dissolution de la société le reliquat disponible serait verse aux oeuvres locales.

Le Comité d’Approvisionnement se substitue à la Municipalité pour l’achat en gros et la revente au détail. Il ne devait pas faire de concurrence au commerce local mais devait le suppléer. De nombreux commerces étaient fermés du fait de la mobilisation de leurs chefs. Ceux qui restaient ouverts, réduits en personnel, se ravitaillaient difficilement. Des produits de première nécessité faisaient souvent défaut.

Le Comité assura, par exemple, le ravitaillement en sucre. Il l’achetait en gros à Paris, le transportait et le répartissait aux détaillants.

Le système fonctionnait si bien qu’il fallut interdire la vente aux habitants venus des localités voisines et réglementer la répartition entre les Noiséens par la création d’une carte de famille et la limitation de la quantité des achats. Les ventes commencèrent le 18 décembre 1916 dans un local pris en location provisoire au 18 rue de la Forge, les mardi et jeudi après-midi et pendant ceraines périodes le dimanche matin. Elles durèrent jusqu’au 3 juin 1919.

La boucherie du Comité :

Elle fut installée au 92 rue de la Forge dans une boutique laissée vacante par la mobilisation de son propriétaire (29 octobre 1916). Les prix de vente étaient fixés chaque semaine par le Maire. Elle fut fermée le 2 mai 1919, le possesseur du local démobilisé voulant reprendre son bien. En 2 ans elle vendit 46 000 kilos de viande congelée soit 1 960 kilos par mois (boeuf et mouton).

Le Comité ne devait pas faire de bénéfices ses statuts le lui interdisaient. Mais il existait quand même un petit  fonds “de prudence”. Sa dissolution fut prononcée le 23 septembre 1919. L’argent en caisse fut réparti à la Caisse des Ecoles, au Bureau de Bienfaisance et à la souscription pour le Monument Commémoratif (monument aux morts).

Le chauffage :

Au début de la guerre aucun problème. En août 1914 les 2/3 des Noiséens étaient approvisionnés (environ 7 600 tonnes par  an).

En 1915 la situation change. La constitution d’un stock, par l’intermédiaire du département, fut décidé. La ville obtint que le charbon fut expédié “directement en gare de Noisy si l’autorité militaire le permettait ou tout au moins en gare de Bondy ».




1916, Noisy n’avait droit qu’à 1 105 tonnes (au prorata de la population, calcul fait par le Département ).

1917, le Comité d’approvisionnement décide de vendre lui même au public en plus du stock communal, le charbon qu’il pourrait se procurer auprès des mines de Bruay et du Groupement charbonnier.

Hiver 1918-1919, 3 512 tonnes suffirent aux besoins locaux. La “part” de charbon était fixée à 30 kgs. 4 parts pour les familles de 2 ou 3 personnes, 5 parts pour les familles de 4 ou 5 personnes et 6 pour les familles plus nombreuses. Le charbon pouvait être changé pour du coke à prendre à l’usine à gaz (rue Henri Barbusse). Durant toute la guerre, la commune maintint le fonctionnement de cette usine productrice de gaz.





sources :

– Archives Municipales, A4 affiches officielles Guerre 14-18 et ID 17 Registre des Délibérations du Conseil Municipal

– Hector Espaullard, Noisy Village Heureux Ville martyre, tome 2, tapuscrit

– Anne-Marie Winkopp, collection personnelle