Albertine FIERENS est née à Paris dans le vingtième arrondissement le 9 juillet 1890.

Ses parents sont : Emile Auguste FIERENS imprimeur, né le 9/10/1857 à St Josse sen Noode (Belgique) et Elisabeth Dezadaleere journalière, 19/03/1856 née à Bruxelles. A cette époque, le niveau de vie des habitants de la Belgique étant bien inférieur à celui des Français, beaucoup de Belges ont donc émigrés en France. Les Belges étaient d’ailleurs la communauté étrangère la plus importante dans les années 1880.

Après avoir habité à Paris, la famille comptant 8 enfants s’installe dans un pavillon à Romainville vers 1895.




La famille, Albertine est la 3eme debout en partant de la droite














Le 25 avril 1908, Albertine a 18 ans et se marie à Romainville avec François Marie Audrain, né le 8 novembre 1882 dans le Morbihan. Celui-ci est conducteur de tramway sur la ligne Noisy-le-Sec – Opéra. A cette époque le conducteur est aussi appelé wattman. François conduit des motrices électriques « Type 500 », modernes et confortables pour l’époque.



Le mariage d'Albertine et de François















En janvier 1910, les grandes inondations touchent Paris. L’usine de production d’électricité de Saint-Maur qui se trouve en bordure de Seine et totalement détruite et cela provoque l’arrêt des tramways à Noisy-le-Sec pendant plus de deux mois.

8 août 1911, naissance de leur première fille Albertine (A cette époque l’ainé(e) était souvent baptisé du prénom de ses parents). C’est à cette époque que la famille devient noiséenne en s’installant au 5 rue de Bondy (future avenue Gallièni), juste à côté de la tête de ligne de tramway n°1. Ainsi François est tout proche du lieu de son travail .





La station de tramways




14 juillet 1914, fête nationale et naissance de Marcelle.

1er août 1914, 17h, les machinistes des autobus et des tramways reçoivent l’ordre de rentrer au dépôt. Dès le lendemain, de nombreux autobus partent au front avec leurs chauffeurs. Tous les hommes en âge de partir au combat sont mobilisés. François Audrain est incorporé au 19ème régiment d’infanterie avec le grade de sergent.

Petit à petit le service des tramways reprend avec les conducteurs et les receveurs non mobilisés ainsi que la main d’œuvre féminine.

26 septembre 1915, François Audrain décède des suites de ses blessures à Vitry le François dans la Marne.

Une lettre émouvante du meilleur ami de François et incorporé dans le même régiment, décrit avec détails les circonstances des blessures de François.


La famille est aussi en possession de lettres de François écrivant à ses « fifilles » qu’il ne reverra jamais.


Dès lors, la vie d’Albertine et de ses deux filles devient difficile.







Albertine et Marcelle









Les revenus d’Albertine, simple lingère, ne lui permettent pas d’élever correctement ses enfants. Elle accepte la proposition de la Compagnie des Tramways Est parisien qui permet aux veuves de guerre de reprendre le poste de leur mari afin de leur assurer un revenu convenable. Mais le poste de wattman est interdit aux femmes, qu’à cela ne tienne, Albertine devient receveuse. Elle vend et poinçonne les tickets des voyageurs sur la ligne 1 Noisy-le-Sec – Opéra.




Albertine en tenue de receveuse.


Ce travail est très pénible, debout toute la journée, ballotée par le tramway dont les rails se  dégradent avec l’usure du temps malgré des travaux d’entretien réalisés par la Société des Transports en Commun de la Région Parisienne qui a repris l’exploitation du réseau.


En 1928, Albertine est embauchée à la Compagnie de Chemins de Fer de l’Est et est affectée au service du téléphone à la gare de Noisy-le-Sec.


L’Etat Français reconnaît François « Mort pour la France », dès lors la famille reçoit une pension qui lui permet d’acheter un terrain et de faire construire une petite maison, au 7 rue Danquechin d’Orval (la maison existe toujours, elle avait été soufflée pendant le bombardement, il ne restait que les murs et les planchers. Albertine a du puiser dans ses maigres économies et avec les aides à la reconstruction, elle a pu remettre sa maison en état. Albertine mère et fille ont vécu le bombardement dans la cave de cette maison et s’en sont sorties par miracle)


Les années 30 voient la fin du tramway à Noisy-le-Sec. Le 17 décembre 1934, la ligne 21 C, chère au cœur d’Albertine, ferme définitivement. Les poteaux portant les fils aériens d’alimentation des tramways disparaissent rapidement et la plupart des rails ont été récupérés par les Allemands lors du conflit 39-45.

En 1950, Albertine peut prendre une retraite bien méritée, mais seule, car elle ne se sera jamais remariée, vivant dans le souvenir de son défunt mari.





Mariage de Nicole, la petite fille d’Albertine, Albertine 2eme à droite




Albertine Audrain décède le 28/03/1981 à Noisy-le-Sec. Elle est enterrée à l’ancien cimetière.


D’après le livre Histoire du rail à Noisy-le-Sec, des rails dans la rue, disponible auprès du Club Ferroviaire Noiséen, avec l’aimable autorisation de notre adhérent Yves Marly,  arrière petit-fils d’Albertine.