Il existe une rue à Noisy-le-Sec s’appelant rue des Processions, ce qui signifie que les processions, à une époque ou à une autre, ont eu de l’importance dans notre ville. Cette rue se situe au sud de Noisy-le-Sec à la limite de Montreuil.

Comment définir une procession ? Les dictionnaires la définissent comme un cortège de fidèles qui, dans l’accomplissement d’un acte rituel ou religieux, défilent solennellement d’un lieu à un autre, tout en priant, chatant ou accomplissant d’autres actes de dévotion.
Les processions peuvent se produire dans des circonstances différentes : celles qui se déroulent à date régulière pour célébrer une fête religieuse ou honorer un saint ou une divinité et celles qui se déroulent de façon régulière sur un lieu de pèlerinage (Fatima ou Lourdes par exemple).
Les processions existent dès l’Antiquité. En Grèce, par exemple, « le jour des Panathénées, le voile de la déesse Athéna est porté en grande procession et tous les citoyens, sans distinction d’âge ou de rang, doivent lui faire cortège » (Fustel de Coulanges dans « site antique »).

A Rome, les Robigalias fêtent le dieu des cultures, cérémonie qui sera remplacée plus tard par la procession de St Marc dont nous reparlerons.
Chaque pays, chaque religion a ses processions comme l’Islam à la Mecque autour de la Kasba, l’Asie avec ses défilés du Nouvel An et ses fêtes rituelles, l’Amérique du Sud où le dieu du soleil est toujours célébré lors de l’Inti Raymi à Cuzco (où se mêlent des traditions chrétiennes, le Mexique et la vierge de la Guadalupe, etc…
En Europe, les processions religieuses sont particulièrement populaires dans les pays latins (Italie, Espagne, Portugal) en particulier au moment de la Semaine Sainte.
C’est aussi le cas en France, par exemple en Corse, à Sartène, où le Vendredi Saint les pénitents cagoulés défilent en portant une lourde croix. La Bretagne est elle aussi réputée pour ses nombreuses processions appelées aussi « pardons » comme à Ste Anne d’Auray, Ste Anne la Palud ou Locronan.


Quant aux processions sur les lieus de pèlerinage, on pense évidemment en premier lieu à Lourdes, qu’elles soient journalières ou particulièrement imposantes lors des grandes fêtes mariales.

Revenons-en à Noisy.
Un chemin des Processions apparaît une première fois en 1579 dans un registre notarié à propos des limites entre les justices de Bondy et de Noisy au sujet desquelles il y a eu à diverses époques de sérieuses contestations. Le chemin du Petit Noisy, devenu rue des Maraîchers en 1922, était également connu sous le nom de chemin des Processions parce qu’il figurait dans le parcours qui se faisait aux Rogations.

Les Rogations qui avaient lieu tous les ans le 25 avril étaient également appelées procession de la St Marc. Nous avons évoqué l’héritage de la fête romaine et dès le Vème siècle, cela va devenir une célébration chrétienne impérative.
Une sente des Processions existait également à la limite de Romainville au XVe et XVIe siècle.
Enfin, comme je l’ai dit au début, une rue conserve cette appellation qui se situe donc à la limite de Noisy et de Montreuil au lieu-dit les Harangers.
En fait, cette dénomination s’est appliquée à tous les chemins aux confins du territoire de Noisy qui étaient parcourus par cette procession de St Marc, tous les 25 avril. La cérémonie passait en particulier à l’emplacement de l’ancienne léproserie de la Madeleine. En effet, comme dans de nombreuses autres communes une léproserie fut bâtie à Noisy, sans doute au XIIe siècle, à cheval sur des terrains appartenant à Bondy, c’est sans doute pour cette raison qu’elle figure souvent sous le nom de « léproserie de Bondy » parce qu’elle était plus proche du village de Bondy que du centre de Noisy. Mais un procès-verbal de 1646 atteste qu’elle est bien sur le territoire de notre commune et y évoque les processions noiséennes. Si la construction de cette léproserie semble dater du XIIe siècle, c’est parce que c’est la période où les Croisés vont ramener d’Orient la lèpre en Europe et que la terrible maladie va alors se répandre rapidement.

Etant donné le grave danger de contagion on va devoir construire un peu partout dans des lieux écartés des léproseries appelées aussi lazarets, maladreries ou ladreries. C’étaient de vastes enclos avec habitations, jardins, vergers où les malades des deux sexes étaient accueillis dans des cellules. On y trouvait également un cimetière. Si la léproserie était de quelque importance, on y bâtissait une chapelle, ce qui est le cas à Noisy. En fait, elle est déclarée en ruines dès 1351 et début du XVIIe siècle, il ne reste que quelques pans de mur de la chapelle et un autel. Mais elle figure toujours sur le trajet de la procession de St Marc ainsi que celle dite de Pâques Buis. Je suppose qu’il s’agit de la procession des Rameaux, toute aussi importante, et où le curé de Noisy faisait déposer sur l’autel ruiné un rameau de buis béni.
Nous savons qu’en 1812, donc après la Révolution, les processions sont toujours pratiquées.
Nous avons vu précédemment, dans une autre réunion, le rôle important de la Fabrique dans la vie noiséenne. Dans son règlement du 3 mai 1812, est décidé qu’à l’avenir « les rafraîchissements des processions de la St Marc et des Rogations seraient réduits à de simples rafraîchissements nécessaires en pareille circonstance et offerts au presbytère par deux des messieurs marguilliers de la Fabrique, le tout d’après les recommandations de Monsieur le Curé et pour parfaire l’explication relative à un objet qui dégénérait en abus et pouvait scandaliser ». Cela laisse entendre que certains à cette occasion abusaient sans doute de quelques boissons alcoolisées ! Toutefois il est encore précisé, le 6 juin 1813, que le déjeuner de la procession de la St Marc était d’obligation pour notre clergé.
Les grandes processions rituelles, telles que je viens de les décrire, disparaissent vers 1860. Mais il existe toujours des célébrations de ce genre. Ainsi, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l’installation des nouveaux curés donnait lieu à une procession entre le presbytère et l’église Saint Etienne, ainsi que le relatent des articles de la « Semaine Religieuse », par exemple lors de l’arrivée du curé Barthélémy, le 30 août 1874 : « M. l’Archidiacre et le nouveau curé ont été conduits processionnellement du presbytère à l’église par les membres de la confrérie du Très Saint Sacrement et par les jeunes filles de la confrérie de la Sainte Vierge … une assistance nombreuse et bienveillante faisait la haie des deux côtés. » Même chose pour l’installation du curé Fernique le 4 novembre 1889.
Mais à la fin du siècle, la municipalité radicale de l’époque va bientôt s’emparer du sujet et le 30 juin 1892, s’appuyant sur un texte du 5 avril 1884, le maire, Lejeune, va interdire toute procession sur l’étendue de la commune. Ce qui va entraîner l’incident suivant : lors de la pose de la première pierre de l’hospice St Antoine de Padoue le 14 juin 1896, un cortège formé de l’évêque, du curé, des enfants de chœur et des paroissiens, va aller de l’église St Etienne au terrain appartenant aux sœurs Notre Dame de Sion, sur une distance d’environ 200m. le maire Lejeune, toujours lui, considère qu’il s’agit d’un délit et il assigne le curé Fernique devant le juge de paix. Le 7 août suivant le juge déclara qu’il n’y avait pas eu de véritable procession, dans le sens légal du mot et que, par suite, la responsabilité du curé, organisateur de la cérémonie, ne pouvait être engagée. On connaît la suite : en représailles le 16 août, le maire fait organiser la destruction des croix et calvaires sur le territoire communal, suivie d’une réaction du curé et des paroissiens avec cantiques et crucifix aux fenêtres …
Ce sera la fin des processions importantes à Noisy mais une autre tradition perdure jusque dans les années 1960, héritage d’une autre procession fort ancienne, dont le souvenir est rappelé par une plaque au rond-point de Merlan. L’avenue Marceau anciennement nommée chemin des Petits Noyers et chemin des Monteux a porté du XVIe au XVIIIe siècles l’appellation « Chemin des Processions du Saint-Sacrement ».

Cette procession du Saint-Sacrement, le jour de la Fête Dieu, se déroulait à l’église St Jean Baptiste entre la sacristie et le patronage de la « cité des jeunes », au fond de l’allée Dombasle qui deviendra par la suite la rue de l’Abbé Gitenet.
Au début du cortège de jeunes enfants, essentiellement des fillettes souvent vêtues de blanc, portent des corbeilles emplies de pétales de roses qu’elles jetteront au passage du Saint-Sacrement. Suivent les associations avec leurs oriflammes, les communiants de l’année, les paroissiens, les enfants de chœur précédant le curé portant l’ostensoir sous un dais supporté par quatre hommes jusqu’à l’autel provisoire élevé sur le terrain paroissial (peut-être la même chose existait-elle à l’église St Etienne ?).

Pendant cette même période on pouvait assimiler à une procession le trajet qui faisaient les communiants entre la salle paroissiale de la rue Dombasle et l’église St Jean Baptiste, le jour de la Communion Solennelle, sans que cela ne trouble l’ordre public !

Aujourd’hui encore, le jour des Rameaux et le Samedi Saint, les offices commencent à l’extérieur de l’église, sur le parvis, et après bénédiction du buis et du cierge pascal, les fidèles rentrent en procession à l’intérieur du bâtiment mais cela se réduit à une très courte distance.
Pélerinage Notre Dame des Anges
J’ai parlé en début d’article du lien entre processions et pèlerinages. Si Noisy n’est pas un lieu de pèlerinage, il existe toujours une voie, à la limite de Noisy et de Bondy nommé Chemin de Notre-Dame des Anges dans la prolongation de la rue Victor Hugo, de l’autre côté de l’avenue de Rosny et qui est aujourd’hui en impasse à cause du chemin de fer et de l’autoroute. En fait, l’avenue Victor Hugo n’a pris ce nom qu’en 1895 et a porté jusqu’à cette date l’appellation Chemin de Notre-Dame des Anges puis rue de Notre-Dame des Anges et se prolongeait sous le même vocable sur le territoire de Bondy. Si une voie porte ce nom c’est que les Noiséens étaient très attachés au pèlerinage qui porte ce vocable, situé sur la commune de Clichy-sous-Bois.

Son origine remonte au Moyen-Age, aux alentours de l’année 1212. Trois marchands, se rendant à Paris, doivent traverser la forêt de Bondy. A l’époque elle était très vaste (subsistent les noms d’Aulnay-sous-Bois, Clichy-sous-Bois, Rosny-sous-Bois) et surtout elle avait très mauvaise réputation car abritant nombre de brigands. Et de fait, les trois marchands sont attaqués par des bandits qui les dépouillent et les attachent à trois arbres. Ils pensent mourir de faim et de soif tandis qu’ils entendent le bruit d’une source toute proche. Ils prient alors la Vierge Marie qui leur apparaît et leur envoie trois anges qui dénouent leurs liens et les délivrent. En remerciement, les trois marchands font construire un petit oratoire à l’endroit de leur libération. Très vite, Notre-Dame des Anges devient un lieu de pèlerinage très fréquenté comme en témoignent tous les ex-voto qui tapissent le chœur et la nef de la chapelle actuelle.

En effet plusieurs chapelles se sont succédées. En 1260, le roi Saint-Louis décide d’aménager le sanctuaire et fait construire une magnifique église pouvant contenir 600 personnes. Il y est mentionné dans des écrits qu’une fontaine miraculeuse guérissait de la fièvre.

L’église disparait pendant la guerre de Cent ans et une autre, reconstruite au XVIIe siècle est détruite pendant la Révolution, en même temps que sont abattus les trois chênes qui avaient vu le miracle. Une nouvelle fois reconstruite, la troisième chapelle est inaugurée le 8 septembre 1808. En 1844, la statue de la Vierge, qui avait été mise à l’abri à l’abbaye de Livry, retrouve sa place et trois croix sont édifiées en mémoire des trois chênes. En 1864 la chapelle est agrandie avec construction du chœur, du dôme et du clocher. En 1912 une fête grandiose est célébrée pour les 700 ans de l’apparition de Marie et des anges aux trois marchands. De nombreuses cartes postales témoignent de l’importance de ce lieu qui réunit fidèles et promeneurs. Enfin, en 2023, une nouvelle église dédiée à St Jean XXIII est consacrée par l’évêque, Mgr. Pascal Delannoy.

Nombre de paroissiens noiséens demeurent très attachés à ce pèlerinage qui a lieu tous les ans au mois de septembre.

Paule Bergé
Sources :
- Noisy-le-Sec, village heureux, ville martyre d’Hector Espaullard
- Archives et centre diocésain de Seine St Denis
- Naissances, baptêmes, évolution des rues de Noisy-le-Sec, de Pierre Winkopp


