Vie quotidienne dans l’usine

“Il y avait une vraie solidarité, une convivialité.”

 

 

“Même si on ne se voyait pas a l’extérieur, on s’appréciait a l’intérieur.”

La vie dans l’usine entre salariés ça se passait bien. Il y avait une super ambiance, les gens s’entendaient très très bien. Et si on avait un problème, l’autre venait nous aider. Alors que maintenant s’il y a une palette par terre vous la ramassez tout seul.
Déjà dans le temps, tous les matins on commençait à 8 heures (ou vers 5 heures en fonction des gens), le service de la cantine passait et donnait du lait, des sandwiches, le quart de vin… Je pense que c’était partout comme ça en France. Ils arrivaient avec leurs chariots et on prenait ce qu’on voulait. Les gens qui commençait à 5 heures finissaient vers 12h et après il y avait les 3 huit et les équipes-en normal. Il y avait quand même plus de 1000 personnes au début, après ça à diminuer à cause des machines. À la fin, on était dans les 300, entre 600 et 300. Les gens s’entendaient très bien, on rigolait. On avait un CE et avec ce CE on faisait souvent des activités et même des voyages.

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« Le midi, on mangeait à la cantine. C’était une cantine, assez moderne. Le personnel venait de l’extérieur, une société qui travaillait au Bourget. 3/4 d’heure pour manger ou 1 heure. On pouvait rentrer chez nous aussi, ce n’était pas une obligation. »

La cantine le midi c’était bon, un self, on ne payait vraiment pas cher. 3 ou 4 francs le repas. C’était un restaurant d’entreprise. J’insiste parce qu’il y avait vraiment plusieurs plats au choix, un self. Il y avait de tout au niveau des entrées, boissons, desserts, cafés tout. Tous ceux qui voulaient y mangeaient.
Dans le restaurant, de mémoire il y avait toujours trois ou quatre hors-d’œuvre au choix, trois plats de résistance aux choix dont le jambon et il y avait cinq ou six desserts (fruit, crème, yaourt, etc.). Et puis quart de vin (vin rouge, vin blanc), bières, limite à deux quarts par personne. Quand on travaille en fonderie, on a besoin de force. Mais on faisait la guerre parce qu’il y avait des petits malins qui ne buvaient que de l’eau et les copains leur prenaient des tickets de vin.
On le savait donc on surveillait.
Presque tout le monde mangeait à la cantine, en même temps il n’y avait pas beaucoup le choix, il n’y avait pas beaucoup de restaurants à côté.
Le midi, il y avait deux services, les services de 11h-11h15 quelque chose comme ça et le service d’après vers 12h. Je sais plus combien de gens travaillaient dans cette usine, mais il y en avait un paquet. Donc il y avait deux services. Je m’en rappelle parce que j’étais affamé et j’étais bien content de passer au premier service.
Je mangeais en une demi-heure. C’était une pause repas. De 14h à 21h30 on avait juste une demi-heure de pause.

Je me rappelle vraiment de cette cantine qui était à côté de ces cuves, du bruit, des odeurs… Ça sentait les odeurs de souffre, puis de fumées. De toute façon c’est clair, quand le plafond était bas, ça puait sur la ville. On sentait les odeurs de Valourec, de la fonderie, toutes ces odeurs …
Il y avait aussi une salle spéciale, un réfectoire aménagé avec frigo pour ceux qui mangeaient à la gamelle, qui réchauffaient leur repas. À l’époque il n’y avait pas de microondes ça n’existait pas. C’était assez convivial, même à l’heure du repas. Il n’y avait pas de discrimination. Y’avait pas mal de monde parce que la cantine était loin, on n’avait pas beaucoup de temps, fallait spider pour aller à la cantine, y’avait la queue, oh lala. Quand il fallait traverser toute l’usine et faire une demi-heure de queue, il restait plus beaucoup de temps pour manger.
Au fond, il y avait un petit jardin, on pouvait manger dehors avec un sandwich. À côté du mur. Moi je mangeais de temps en temps un sandwich dehors au café, ce n’était pas cher et ça changeait.
En face y’avait un bistrot, un café. On y allait souvent, des fois les gens se réunissaient là-bas le midi ou après le boulot. Moi je mangeais parfois là le midi quand on ne voulait pas manger à la cantine, on y allait avec nos propres collègues. J’en ai des bons souvenirs.
Sur le canal, on n’y allait jamais, c’était fermé et on n’avait pas le temps à midi.

 

Week-end organisés et voyages

 

 

« Il y avait beaucoup d’activités en dehors du travail, pas mal d’activités de loisir. Le foot, ou des sorties organisées. Le weekend, parfois il y avait des sorties en familles qui se passaient dans des lieux assez grands, on faisait plein d’activités, on partait deux jours le samedi et le dimanche. »

Les sorties étaient souvent organisées au mois de mai. C’était payé en partie par l’établissement et l’autre partie par nous.
On faisait des voyages en cars aussi, par exemple, en Autriche, en Espagne, en Italie ou même en avion en Turquie… On partait 4-5 jours, à l’époque c’était des gros voyages !
Je ne sais pas si c’est un truc qui existe encore dans beaucoup de sociétés, c’est des trucs qui se perdent un peu…
Le comité d’entreprise organisait un ou deux voyages par ans. Ça a pris à une certaine époque, mais ensuite les gens préféraient partir de leurs côtés. Il y a eu une époque où il y a eu des voyages intéressants comme la Hollande, une croisière sur le Rhin, etc. Puis après ils avaient du mal à remplir.

 

Noël, les primes, les colis

 

« Il y avait les fêtes de Noël aussi, une fois par an. On faisait Noël au Raincy une super journée pour les enfants, un spectacle, le cadeau, du champagne, des petits fours. On avait des colis, un cadeau et une boite de chocolat par tranches d’âge, jusqu’à l’âge de 16 ans. »

Il y avait à peu près trois cents personnes avec le père Noël qui venait. Le père noël c’était toujours le même d’ailleurs, un chef d’équipe de la maintenance. C’était sympathique, il y avait du monde, ça avait du succès. Les gamins repartaient avec leur jouet sous le bras. Et ensuite pour ceux qui n’étaient pas venus à la fête il y avait des permanences pour récupérer les cadeaux.
On avait un repas de Noël au restaurant de l’entreprise avec un sapin et des décorations sur les tables… Au lieu d’avoir une heure pour manger, il y avait une heure et demi et ils buvaient un petit peu plus, mais ce n’était pas méchant.
On faisait aussi une quête pour le personnel de la cantine salarié de l’entreprise pour les services qu’ils rendaient, etc.
Quand j’étais en retraite, les années qui ont suivi on a continué à m’envoyer un colis pour les retraités. Ça a duré plusieurs années puis le comité d’établissement a dû disparaitre donc on a arrêté de nous envoyer notre petit colis de Noël.
Quand les enfants réussissaient aux examens, ils avaient une prime, mon fils il l’a eu. Mes trois enfants, chaque fois qu’ils réussissaient un examen ils ont eu une prime. Et nous on avait une prime de fin d’année.
Les vacances des enfants aussi étaient organisées, il y avait des colonies. J’ai fait des vacances à St-Remy-des-Landes en 1969. Beaucoup d’enfants partaient.

Mais toutes ces choses-là n’existaient plus dans les dernières années. C’est le monde moderne qui nous a rattrapés.

 

Sport, l’équipe de foot

 

« Il y avait un club de foot. Ils organisaient des tournois de foot entre les différentes usines. C’était des tournois internes au CLAL. »

Dans l’entreprise, on avait installé une salle de pingpong, ceux qui voulaient jouer ils mangeaient en quinze minutes et après ils allaient taper la baballe. Il y avait une petite salle aussi où ils pouvaient jouer aux cartes. Enfin bon, vu le temps imparti au repas c’était un peu juste pour jouer aux cartes. Et puis il y avait l’équipe de football. Mais c’est pareils un beau jour ils ont eu du mal à recruter des joueurs et puis celui qui s’en occupait est parti en retraite. Celui qui voulait s’en occuper derrière, il avait dit oui, mais sans grande motivation donc c’est tombé à l’eau. Quand on organise des trucs comme ça on est bénévole donc suffit que la personne qui s’en occupe s’en aille et puis derrière si ça ne suit pas…

 

La fête des mères

 

 

« Le comité d’entreprise organisait la fête des mères. C’était très simple, je connais bien le système, il y avait un choix de cadeaux. De mémoire il y avait à peu près une trentaine de cadeaux au choix. »

C’était pour toutes les mères de famille, y compris celles qui ne travaillaient pas dans l’entreprise, pour le personnel et leurs conjoints. Il y avait une trentaine de cadeaux au choix ça allait de la casserole, à la balance… Et il y avait une réception organisée par l’employeur et là c’était les mères de famille et toutes les femmes de l’entreprise. Une fleur, naturelle ou autre, était offerte par le comité d’entreprise aux femmes présentes sur le site qu’elles soient mères ou pas.

 

Les pots de départ

“On faisait souvent des pots aussi après le boulot, pour les anniversaires, les départs, les naissances.”

On avait des chefs qui étaient partants. Ils nous prévenaient 2 /3 jours à l’avance. L’entreprise organisait des pots pour tous les départs en retraite (petit discours, buffet…) et c’était bien règlementé. Et puis il y avait les pots à la demande des salariés pour tel ou tel évènement. Par exemple s’il y avait un groupe de progrès qui avait fait un truc bien on organisait un truc pour le service et l’équipe. C’était toujours sous le contrôle de l’employeur pour éviter les dérapages…

 

“Y’en a qui tisaient bien ici, y’a des anciens, ils n’étaient pas rouges, ils étaient violets.”

 

On a connu une période où on faisait la chasse au Ricard dans les ateliers. Quand on organisait les pots de départs, on était responsable, quelqu’un qui sort en état d’ébriété l’employeur peut plonger. Donc quand on organisait ça, on le faisait au restaurant de l’entreprise, on interdisait les alcools forts (whisky, Ricard, vodka, etc.) et c’était soit champagne, soit cocktail fait par le chef de cuisine (punch, sangria…) et il connaissait mes consignes : très peu d’alcool, beaucoup de jus de fruit. Combien de fois dans les vestiaires quand on faisait les descentes on trouvait des bouteilles de Ricard. Puis le Ricard ça se sent. Après on fermait un peu les yeux pour les anniversaires, on faisait le distinguo.
On essayait aussi de faire le filtre à l’entrée parce que le Ricard on le fournissait pas donc fallait bien qu’il rentre. Il y en a qui avait de sacrées combines. On avait une équipe de maçons à un moment on trouvait qu’ils avaient des sacs quand même assez volumineux, un jour on s’est payé le luxe d’aller les voir et ils buvaient avec les autres, ils avaient ramené les bouteilles.

Ce que j’aimais bien moi c’était au mois d’aout. L’usine fermait 4 semaine et la veille on faisait un repas entre nous, on allait au restaurant, on faisait quelque chose de bien. On en parlait déjà une semaine avant avec les collègues « tu vas où ? tu pars ou dans quel coin ? » Et quand on revenait, c’était ça pendant des jours et des jours. Alors qu’aujourd’hui y’a plus cette ambiance.

 

Le service communication, le journal de l’entreprise

« Il y avait un service communication dans l’entreprise qui s’occupait du journal. Le journal de l’entreprise traitait de l’ensemble de la société, y compris les filiales étrangères. »


Le service communication était à Paris et il y avait dans chaque établissement un responsable communication/formation. Sa mission première c’était la formation du personnel (bâtir les plans de formation) et il était ensuite responsable et correspondant local du service communication. À Noisy par exemple, la personne qui s’en occupait faisait des articles en fonction des évènements qui étaient ensuite envoyés à Paris. Le journal sortait tous les trois mois.
Et puis, à la demande parfois il y avait ce qu’on appelle une feuille de chou, mais ça n’a pas trop pris. Il faut avoir de la matière. Si vous faites une feuille de chou pour dire que dans tel atelier on a fait telle chose c’est repris après par le journal donc ça n’a pas trop d’intérêt. Et faut réussir à alimenter tout ça, parce que trois mois ça passe vite, faut trouver le sujet, le préparer, le bâtir, interviewer les gens compétents, prendre les photos, la mise en page …

 

« Il y avait très peu de liens avec la cité de la Sablière. Quand l’usine a été construite en 1963 c’était des terrains vagues. Ensuite la SNCF est venue y construire des logements. »

Quand on construit des logements en face d’une usine chimique on s’expose à des risques… On n’avait pas de souci avec la cité sauf que de temps en temps ils nous téléphonaient parce que ça fumait à l’usine chimique, ils étaient inquiets et on peut le comprendre. Donc on a fait des journées portes ouvertes où ils ont pu se rendre compte. On ne leur parlait pas du cyanure pour ne pas les inquiéter. Imaginez si on avait dit à la population qu’a côté « il y a une entreprise qui a 1,3 tonne de cyanure », ça jette un froid. On leur montrait les installations.
Une fois on a eu un habitant de la Sablière qui a tiré à la carabine dans la cheminée de l’usine, ce qui était idiot… Comme il a fait un trou dans la cheminée au lieu que les fumées s’échappent vers le haut, ça s’est mis à fuir.
Parfois on a eu des soucis de dégagement de ce qu’on appelle l’eau régale, c’est 33% d’acide nitrique et 66% d’acide chlorhydrique, plus c’est concentré, plus ça vire au rouge. En plus ça pue et c’est très corrosif, on a eu quelques soucis avec des voitures dont la peinture a été piquée. C’était accidentel, une réaction chimique de cet ordre la quand elle se déclenche il faut une petite heure pour la neutraliser. Même la préfecture de Bobigny des fois nous appelait.

 

 

“Les liens avec le quartier environnement sont assez réduits.”

 

On allait de temps en temps à L’olympique un café, brasserie en face, avec Bernard parce qu’il faisait la bouffe aussi le midi. On n’y mangeait pas, on allait juste boire le café et on chantait « au tort boyaux le patron s’appelle Bruno » au bout d’un moment le mec, il a fait retirer le disque.
C’était l’époque de Germaine qui servait, ou c’était peut-être un peu après. Je me souviens on y était allé une fois, je ne sais plus trop en quelle année, c’était aux grandes vacances. On était sortis à 11h30 du boulot, on était venu là et là le soir on y était encore !
Au bout d’un moment, on s’est dit faut peut-être qu’on rentre quand même. C’est qu’on était bien. Et ouais on arrosait les vacances. Elles étaient bien arrosées celles-là !

Il n’y avait pas de lien avec les quartiers autour et avec le canal. Non, pas du tout. Le CLAL, c’était un peu un hors limites, loin du cœur de ville. Le problème du CLAL c’est que c’est de l’autre cote de la N3, donc c’est quand même en zone complètement… C’est hors limite. Beaucoup de grosses industries et beaucoup de voies de circulation, que ce soit le canal de l’Ourcq ou même les autoroutes en général c’est limite entre deux villes, loin du cœur de ville. Donc Vallourec c’est un peu exceptionnel, Vallourec c’était le nom de la gare de triage, donc il y a une implantation stratégique.

Le canal, on n’y allait pas très souvent, mais on y allait. Il y en a qui faisait leur footing là-bas. Quand il faisait bon, on allait au canal respirer. Il y avait beaucoup d’activités et de monde qui travaillait là ! Le port aussi avant (entre Décathlon et le pont), ils chargeaient/déchargeaient beaucoup de matériaux.

On ramenait du fer dans les péniches en 50 à peu près, avant que je sois là, les péniches venaient jusque-là pour débarquer le fer. Les péniches venaient derrière Conforama, il y avait du verre,  le verre était concassé et on le refondait.
Mais par rapport à l’usine ici, on n’a jamais utilisé le canal. Jamais reçu de la marchandise par le canal, on aurait pu, mais il n’y avait aucune ouverture il n’y avait rien.